ENCORE LA CONTINUATION
trèrent une résistance opiniâtre, surtout de la part des Espagnols. Ceux-ci et leurs collègues portugais menacèrent de faire une protestation formelle en congrégation générale, si la question de Torigine du devoir de résidence n était enfin soumis à une résolution décisive comme premier objet de Tordre du jour (^). Placé ainsi entre les exigences des prélats et la colère du pape, le cardinal de Mantoue, désespérant de trouver une issue honorable, offrit à Rome sa démission, parce qu'il avait perdu la confiance du saint-père. Evidemment, Pie IV ne reconnaissait de liberté au concile qu'aussi longtemps qu'il agissait d'après sa volonté.
Ce n était malheureusement pas la seule difficulté qui menaçât les légats et avec eux le synode. On se rappelle que Philippe d'Espagne voulait le voir considéré simplement comme continuation des réunions antérieures, tandis que l'empereur et le roi de France désiraient lui voir attribuer le caractère d'assemblée nouvelle, générale et réellement œcuménique. Mais jusqu'alors, peu d'évêques allemands et français et aucun protestant n'avaient paru à Trente. Philippe II et les Espagnols, au contraire, s'étaient montrés pleins de zèle, et le roi avait encore une fois insisté directement auprès du pape et auprès des légats, par l'intermédiaire du marquis de Pescaire, gouverneur de Milan, pour qu'ils acquiesçassent enfin à son désir (^). Il n'est donc pas éton-
{^) Lettres de l'évèque de Tortose et d'Hercule Pagnano au marquis •de Pescaire, 26 mai ; Doc, ineditos, t. IX, p. 216 ss.
('} Instruction pour Vargas, 30 mars ; Sickel, p. 305. — Dépêche de Vargas, 4 mai ; Dôllinger, Beitraege, t. I, p. 415 ss. — Pescaire avait ■envoyé pour ce but un messager spécial aux légats; Docum, inedUos, t. IX, p. 127 ss.
nant que, sur un ordre exprès du pape, les légats eussent promis au marquis de Pescaire, d'une manière solennelle et par un document en forme, de désigner expressément, dans la session prochaine du concile — la quatrième ou, pour mieux dire, la vingtième — le synode comme continuation des assemblées antérieures de Trente Q).
Mais à cette nouvelle, les ambassadeurs de l'empereur déclarèrent, sur un ordre strict de leur prince, que si Ton effectuait une telle promesse, ils ne prendraient plus aucune part aux séances du concile ; et que les évoques allemands et hongrois présents à Trente suivraient leur exemple (^). Les ambassadeurs français s'associèrent immédiatement, pour eux et pour leurs prélats, à cette déclaration des impériaux (^). Ces Français étaient, du reste, une cause permanente de soucis pour les malheureux légats. Deux d'entre les trois ambassadeurs, le président du Ferrier et le conseiller au parlement de Toulouse, Fabre, étaient fort suspects d'incliner vers l'hérésie (^). En effet, eux et même le premier orateur, M. de Lansac, avaient pris dès le commencement une attitude presqu'hostile au synode. Le discours qu'ils prononcèrent devant lui, après leur admission à ses séances, fut fort différent du texte qu'ils avaient soumis auparavant au secrétaire du concile, et il était tellement sévère et tranchant (*) que beaucoup de pères proposèrent de ne pas
(I) Lettre de Pescaire à PhiUppe II, 14 mai; Doc. ineditos, t. ÏX, p. 173»
(') Instruction de l'enapereur, 22 mai; Sickel, p. 314 ss. Ce fut surtout la peur des protestants qui fit l'empereur agir ainsi.
(") Le Plat, t. V, p. 184.
(*) Le cardinal de Fer rare au cardinal Borr ornée, 4-8 avril ; Baluze-Mansi t. IV, p. 401.
(*) Le Plat, t. V, p. 176 ss.