IRRITATION DE PIE IV
On essaya de la même pression envers les puissances étrangères. Le pape se plaignit amèrement des ambassadeurs de Charles IX, en disant que Messieurs les Français semblaient plutôt être les orateurs des huguenots (^). Le cardinal de Ferrare, qui résidait à la cour de France comme légat apostolique, fut chargé de porter officiellement plainte de la conduite de Lansac. On lui ordonna de ne plus insister, comme il avait dû le faire jusqu'alors, sur l'envoi des prélats français à Trente, parce que ceuxci ne feraient qu'augmenter le nombre des malveillants Q, c'est-à-dire des indépendants. A la cour papale, on aimait si peu à entendre parler de réformes sérieuses qu'on préférait renoncer à la participation au concile d une nation aussi importante que la nation française ! Ce fut par un reflet de ces dispositions de Rome qu'à Trente même on accusa ouvertement les ambassadeurs français d'hérésie 0-
Pie IV n'était pas moins irrité contre le roi d'Espagne, parce que celui-ci demandait constamment pour le concile une autorité et une liberté plus grandes. Il se laissa aller plusieurs fois, envers l'ambassadeur Vargas, à de véhémentes explosions de colère, et à la fin réclama formellement, auprès de Philippe, le rappel de Vargas, par l'intermédiaire du cardinal de la Cueva (*). Tout était confusion, contradiction et mécontentement.
(•) Lettrts de Lansae a de Liste, 6 juillet; Le plat, t. V, p. 270.
(*) Lettre du eard, Ferrare au card, Borromée, 22 juin ; Baluze-Mansi, t IV, p. 422.
(■) Lettre de Carchev, de Zara au card. Cornaro, l*' juin ; BALUZE-Mansi, t. IV. p. 235.
(*) Lettre du card. de la Cueva à Philippe II, 2 juin ; DOllinqbr, Beitraege, t. I,p. 441.
Le roi d'Espagne tirait d'un côté, l'empereur et la France tiraient de l'autre; le pape et les cardinaux ne désiraient que conserver leur propre autorité et leurs revenus sans le moindre sacrifice. Le synode général semblait destiné, comme les assemblées de Constance et de Bâle et les deux réunions antérieures de Trente, à devenir la cause de conflits universels, sans aucun résultat positif.
Le pape alors, mécontent des prélats et mécontent des princes, résolut de transférer le concile dans une ville italienne. Il était sur le point de commander des armements pour le protéger contre un coup de main, si, comme cela était à prévoir, les Allemands et les Français le quittaient dans de telles conditions (^). Une lutte ouverte aurait éclaté entre la papauté d'un côté et les pays " ultramontains „ de l'autre.
Cependant des résolutions si violentes rencontrèrent immédiatement la contradiction des hommes raisonnables. Les Vénitiens, à l'opinion desquels le pape attachait beaucoup d'importance, se prononcèrent sans détour, auprès de sa Sainteté, contre une conduite si passionnée. Les ambassadeurs de toutes les puissances à Trente, sans exception, montrèrent beaucoup d'estime et d'attachement au cardinal de Mantoue et non moins d'exaspération contre la curie romaine. L'empereur s'écria indigné : ** 11 paraît que toute l'autorité du concile réside non pas à Trente, mais à Rome „ (^). Le comte d'Arco, ambassa-
( ') Lettres d'Arco à V empereur y 24 iuin, et de Cusano au roi Maximilien^ '24-27 juin; Sickel. p. 33S^ s. — Dépèche de Vargas, 1" juillet; DôL- LINGEP, Beitraegey t. I, p. 446. — MusOTTi, Sommario^ p. 15.
C'; 1 nstruction de Tempereur h ses orateurs du concile, 4 juin ; Sickel. p 3-i(i.