INTERVENTION DES GRANDES PUISSANCES
deur impérial à Rome, se plaignit auprès du pape luimême, que celui-ci privait le synode de toute liberté. L'homme de confiance de Pie à Trente, Charles Visconti, évêque de Vintimille, lui conseilla énergiquement de ne plus montrer tant de sévérité envers le premier légat et envers le parti de l'indépendance épiscopale. Une telle conduite, disait-il, aurait pour conséquences inévitables la dissolution du concile et par suite les dangers les plus terribles pour l'Eglise, comme la défection de la moitié du monde chrétien.
Pie rV et ses conseillers crurent devoir faire un pas en arrière. Ils le pouvaient d'autant plus facilement qu'au fond la campagne de la cour romaine contre l'indépendance des pères de Trente avait amené des résultats importants. Ceux qui avaient eu le courage de s'opposer à la dictature pontificale, étaient complètement découragés et abattus. Se voyant en butte aux attaques les plus violentes de la part de ceux qu'ils vénéraient comme leurs supérieurs et dont dépendait tout leur avenir, les évêques libéraux italiens renoncèrent pour la plupart à la lutte. Le succès n'était pas moins décisif à l'extérieur. Philippe II commanda à ses prélats présents à Trente, de laisser s'endormir la question de l'origine divine de la résidence. Il accorda aussi, pour être agréable à son oncle l'empereur, que celle de savoir si le concile actuel était un nouveau synode ou la continuation des synodes antérieurs, ne fût pas décidée (^).
Pie IV, aussi triomphant maintenant qu'il avait été irrité et colère un peu auparavant, voyait tout en rose.
(') Instr. de Philippe II, 6 juillet; Sickel, p, 352 s.
Après de telles concessions du roi catholique, il croyait être sûr de lui définitivement, et par cela même de la domination du concile. Comme, en outre, la première guerre de religion éclatait en France justement à cette époque, il estimait n'être plus tenu à aucun égard pour le gouvernement de ce pays. Quant à Tempereur, il avait suffisamment constaté sa faiblesse pour ne pas le craindre outre mesure. Le pape avait donc toute raison de témoigner de sa joie et de sa confiance en l'avenir.
Dans ces circonstances, il résolut de se montrer bon prince envers les prélats trop indépendants de Trente. Il apaisa le cardinal de Mantoue et les évêques opposants par des lettres extrêmement aimables et bienveillantes. Simonetta, dont on n'avait plus besoin, reçut des ordres qui décidaient, sous des formes gracieuses et obligeantes, de sa défaite personnelle. Elles Texhortaient à faire preuve du plus grand dévouement, et même de soumission envers le premier président, à l'avertir de tout, à éviter toute apparence comme si lui — Simonetta — jouissait à Rome d'un crédit particulier. Le pape, peu modéré en tout ce qu'il faisait, combla de témoignages, d'amitié et d estime ce même Mantoue, qu'il avaitpubliquevilipendé et humilié une semaine auparavant, et il le désigna comme le chef et le recteur de ses collègues et du concile entier (^). Les cardinaux influents à la cour romaine écrivirent à leurs amis de Trente, et surtout aux légats, que la nouvelle que le pape eût l'intention de suspendre ou même de dissoudre le concile, était complètement fausse; que le saint-père, au con-
Q) Pallavicini, XVII, 5, 1 ; d'après les lettres de Borromée et du pape lui-même.