‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 174 sur 215 · ARRIVÉE DU CARDINAL DE LORRAINE · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DU CARDINAL DE LORRAINE

les légats en avaient espérée. Des évêques, obséquieux jusqu'alors, tel que celui de Paris, se révoltèrent contre cet asservissement honteux de leur propre ordre, contre ce renversement sans vergogne des institutions chrétiennes primitives. Tous les théologiens, tous les évêques prononcèrent d'interminabes discours, de sorte qu'il fallut décréter l'ajournement de la prochaine session.

Au milieu de cette bagarre, le cardinal de Lorraine, désiré vivement par les uns, sujet de crainte pour les autres, était enfin arrivé à Trente, le 13 novembre 1562, accompagné de dix-huit évêques et de trois abbés français. Charles de Lorraine-Guise, cardinal-archevêque de Reims, appelé ordinairement le cardinal de Lorraine, était un prélat et un homme d'Etat, aussi remarquable par la culture la plus raffinée, par un esprit vif et pénétrant que par un manque complet de sentiments moraux et élevés. Tout chemin lui semblait bon, pourvu qu'il menât au pouvoir et à la richesse. Avide, vindicatif, rusé, il n'employait sa profonde connaissance des aflfaires publiques et son éloquence vraiment littéraire que pour son intérêt personnel. Mais il s'efforçait de cacher l'abominable égoisme de son cœur sous le voile d'une vie extérieure irréprochable, d'une grande dignité de maintien et d'une piété hypocrite ; car au fond il n'avait pas la moindre religion.

Dans ce moment, le vent était aux réformes en France, et la reine-mère, Catherine de Médicis, s'y montrait favorable. On ne pouvait donc s'étonner de voir Charles de Guise se ranger du même parti. La curie avait la plus grande peur de ce prélat. On l'avait désigné, dans l'été de 1560, comme le principal auteur

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de ridée d'un concile national (^). Dans l'automne de 1560, il avait exhorté le roi de France à refuser la bulle de convocation, parce qu'elle ne donnait pas expressément au concile le caractère d'un synode nouveau (^). Et après le colloque de Poissy, il avait prié la régente, à la tète d'un grand nombre de prélats français, d'engager le saint-siège à accorder le calice aux laïques. Il s'était montré fort indulgent envers des ecclésiastiques suspects d'hérésie. Plus tard encore, il avait fait mine de vouloir demander au concile l'autorisation du mariage des prêtres. On prétendait, en outre, qu'il voulait abolir la vénération des saints et des images et soumettre au pape et au concile une longue liste d'abus à supprimer. N'était-ce pas un signe manifeste de mauvais vouloir que, justement au mois de juillet 1562, lorsque le pape avait cessé d'exiger le départ des prélats français pour Trente, le cardinal s'était résolu à y venir. On disait à Rome et à Trente, que son ambition ne tendait à rien moins qu'au rôle d'un primat indépendant des Gaules (*).

Pendant plusieurs jours après son arrivée, une indisposition le força de garder la chambre, de sorte qu'il ne put paraître devant les pères assemblés que le 23 novembre. Sa première harangue sembla justifier pleine-

(*) Instruction de Philippe II h Antoine de Tolède, 2 septembre 1560; Weiss. Papiers ctÉtat de Granvelle, t. VI, p. 137 ss.

(■) Lettre du tard. Borromée à Hosius, 13 janvier 1561 ; Cyprianus, Taàular. p. 139 avec note 141.

(•) Lettres du cardinal de Ferrare au cardinal Borromée, du 30 janvier, 18 juin, 8-28 juillet 1562 ; Sala, DocumenHcirca S, Carlo Borromeo, t. m, (Milan 1861) p. 113, 190, 211, 219. — Dépêches de Santa-Croce, nonce apost. en France, du 5 août, 28 septembre ; Cimbbr et Da5J0U, Archiver euriemes, V série, t. VI, p. 108 ss. — Lettre de l'évêque de Lérida à Vargas, 18 mai 1562; Docum. ineditûs, t. IX. p. 189.

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