LA CURIE CRAINT LORRAINE
ment les appréhensions de la cour romaine. Il y exposait longuement l'état désespéré de la France, auquel le concile seul pouvait porter remède par une réforme foncière des mœurs et de la discipline ecclésiastiques. Le second ambassadeur de France, Du Ferrier, répéta cette demande dans un discours emphatique, farci de versets de la bible et contenant des allusions assez désagréables à Tétat actuel de TEglise et du concile. Les instructions que le conseil privé de Charles IX avait données au cardinal, contenaient une série d'exigences fort radicales. On y réclamait l'établissement d'un culte pur, délivré de toute superstition et de toutes cérémonies inutiles; l'amélioration de la discipline hiérarchique ; l'emploi général des langues nationales dans l'administration des sacrements; la prédication et la catéchisation des enfants régulières en langue française ; le chant de psaumes français ; et, s'il était possible, l'admission du mariage des prêtres ainsi que toutes les concessions qu'on pourrait obtenir, afin de rétablir l'unité de l'Eglise.
Mais comment pouvait-on espérer amener X^^^ papistes italiens et les fanatiques d'Espagne à céder sur des questions d'une telle importance ?
Pour se protéger autant que possible contre les desseins du cardinal de Lorraine, les légats établirent autour de lui un véritable système d'espionnage, organisé par Charles Visconti, évêque de Vintimille, homme de confiance du cardinal-neveu Borromée. Il acheta, au prix de l'or, plusieurs serviteurs de Lorraine. Armes singulières dont le saint Esprit se servait pour diriger le concile général! Lorraine, de son côté, ne se gênait
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nullement pour montrer à tout le monde une extrême antipathie à Tégard de Simonetta et de son entourage de fanatiques et de querelleurs, qui, du reste, lui rendaient ces sentiments avec usure (^). Plus le nombre des ultramontains augmenta au concile, plus leurs adversaires firent preuve d'arrogance et de résolution. Ainsi, des luttes passionnées ne pouvaient être évitées.
Comme les évêques continuaient à lire au concile des traités sans fin pour prouver ou réfuter l'institution divine de l'épiscopat, le jour de la session dut être de nouveau différé, et cette fois jusqu'à une époque indéterminée. Les esprits modérés parmi les légats : Gonzague et Seripando, auraient fait volontiers aux Espagnols quelques concessions sur le point de l'institution ëpiscopale, et ils eurent plusieurs conférences avec eux; (*) mais la foule des Italiens s'y opposaient, en partie par animosité nationale contre les Espagnols, en partie pour s'assurer la faveur de la curie et par suite un avancement ultérieur (^). Un discours de Melchior de Vosmediane, évêque de Cadix (1®' décembre 1562) leur sembla une excellente occasion de terroriser leurs adversaires. Pour prouver que les évêques n'étaient pas nécessairement les créatures du pontife, l'orateur cita l'exemple de plusieurs suffragants de l'archevêque de Salzbourg, qui, librement élus par le chapitre de leurs diocèses, n'étaient institués que par leur métropolitain et non par le pape, et n'étaient pourtant pas des évêques moins
(M Pallavicini, XIX, 4, 1.
(•) Beccadellk t. II, p. 45 s.
(*) C'est le cardinal Palkotto qui nous indique ces raisons, p. 597.