CONTESTATIONS ENTRE ITALIENS ET ESPAGNOLS
légitimes que ceux que le saint-père avait approuvés. Alors Simonetta lui objecta Q) : " Révérend père, veuillez vous rappeler que ce que Tarchevêque de Salzbourg fait, il le fait par autorisation pontificale. „ Lorsque les Italiens virent le légat, qu'on croyait le véritable confident du pape (^), se tourner ainsi contre l'Espagnol, ils s'insurgèrent tous à la fois comme sur un ordre donné. Ils criaient: " A la porte, à la porte, ne Técoutez pas „ ; d autres : " Qu'il soit maudit „ ; d'autres encore : " Tous les Espagnols sont des hérétiques maudits ! „ Sur quoi Tarchevêque de Grenade se leva et leur cria : " Vous êtes maudits vous mêmes. „ La tenue hardie des Espagnols et surtout de l'évêque de Cadix, qui continua tranquillement son discours en reconnaissant pleinement la suprématie du pape, mais en se plaignant en même temps de ceux qui l'avaient interrompu, déjoua le dessein des Italiens. Les quatre ou cinq évêques espagnols que les légats avaient gagnés, leur annoncèrent même que, si l'on continuait à injurier leur nation, ils voteraient désormais avec leurs compatriotes (*). Le
(') Le secrétaire officiel du concile, Massarelli. présente Tévénement comme si d'abord les évêques italiens avaient interrompu TElspagnol, et qu'alors seulement le légat Simonetta était intervenu. Cependant ce n'est qu'un essai officiel de le disculper. Paleotto, Musotti (Journal p. 30), l'archev. de Zara, dans son joumal (chez Beccadelli, t. II, p. 50 s.) et dans sa lettre du 3 décembre (Baluze-ÀIansi, t. IV, p. 275) et enfin Mrndoza, quelque dévoué qu'il soit à Rome (p. 101) rendent unanimement témoignage du contraire : c'est Simonetta qui donna le signal de l'orage. I/archevêquc dit même expressément que ce scandale fut dû h une révolution antérieure des légats de mettre un frein aux Espagnols. PallaviciNi, lui aussi, (XIX, 5, 5) raconte que Simonetta aurait commencé, quoique doUemenUf le toile général contre Vosmediane.
(■) Dépêche des orateurs impériaux du 7 juillet 1562 : Est hic inter cardinales legatos unus Simonetta, a cuius nutu pendant omnes isti episcopi, idque ob id maxime quod ipsi S™i D. N. (papse) sensum et cardinalium in Urbe agentium mentem probe cognitam esse persuasuni habent. SiCKEL.p. 348.
(*) Pallavicini, XIX, 7, 1.
520 l'opposition.
cardinal de Mantoue et, après lui, Lorraine adressèrent des paroles sévères à ceux qui troublaient le concile, et i'évêque de Paris proposa même d'édicter contre eux un canon particulier. Une impression profonde fut produite par les discours du cardinal de Lorraine et de Tarchevêque de Prague, en faveur du droit de Tépiscopat. Pour Taffaiblir, les légats eurent recours à une nouvelle scène turbulente. Le cardinal Hosius qui, d'ailleurs, était le plus modéré d'entre eux, prononça (le 3 décembre) une censure violente contre Tévêque d'Alife à cause d'une affaire peu importante ; et lorsque celui-ci voulut se justifier, Simonetta lui coupa la parole par la remarque orgueilleuse : que personne n'avait le droit de répondre aux légats apostoliques (^). A Rome, on approuva de tout cœur ces procédés tyranniques des légats, en les exhortant à agir de plus en plus énergiquement contre les mécontents et les rebelles (^).
Cependant, ces petits coups d'Etat n'eurent pas le succès qu'on en avait espéré. Les débats se prolongèrent pendant des semaines, sans qu'on eût trouvé au septième canon une forme faite pour contenter tout le monde. Les membres du parti romain recommencèrent alors à interrompre les orateurs incommodes du parti contraire, en toussant et en se mouchant bruyamment, ce qui fit dire à M. deLansac, en souriant, qu'il était curieux de voir le rhume produit par \t Jus divinum f).
(') Lettre de Carchev, de Zara au card, CornarOy'i décembre ; Baluze-Mansi, t. IV, p. 276.
(*) Lettre de Borronûe a Hosius, 9 décembre ; Cyprianus, 7abul. p, 264.
(■) Mendoza, p. 107,