‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 177 sur 215 · IRRITATION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

IRRITATION GÉNÉRALE

Enfin, selon la coutume, on soumit l'affaire au pape, qui répondit que, d'abord et avant tout, il fallait reconnaître expressément la suprématie et le pouvoir illimité du saint-siège. Mais ce principe fut repoussé par les Français et les Espagnols, les premiers surtout prétendant que la réunion des évéques en concile n'étaif pas soumise au pontife. On était donc plus que jamais éloigné d'une entente.

Pie IV croyait devoir en attribuer la faute principalement aux Français et parmi eux au cardinal de Lorraine Q), Ses partisans dévoués se permettaient de discours si offensants envers les Français que ceux-ci s'en plaignirent à diverses reprises (^). Le pape eut même un moment l'intention de se rendre à Bologne afin de se rapprocher du concile et d'y exercer une influence plus directe. Pour éviter une telle démarche qui aurait pu avoir Tair d'une pression sur l'assemblée, les légats envoyèrent à Rome un favori du pape, Tévéque de Vintimille (fin décembre 1562) (^). Les esprits étaient tellement irrités que le premier ambassadeur de France, M. de Lansac, fit conseiller au pape par Visconti, de ne pas se laisser séduire par quelques malveillants, auxquels il n'accordait que trop de confiance, et qui pourtant ne poursuivaient que leur propre avantage. Il l'exhortait à sacrifier quelques-uns de ses privilèges, pour conserver le reste et pour sauver la France et lui-même de grands dom-

(^) iMtre du card. de Lorraine au pape. Il janvier 1563; Le Plat, t. V. p. 653.

(•) Lettre de Visconti, 10 décembre 1562; Baluze-Mansi, t. 111, p. 434.

(•) Voir son instruction, du 26 décembre, chez Musom. p. 42 ss.

522 l'opposition.

mages (^). L'autorité de ces Français si peu respectueux fut encore singulièrement augmenté par la nouvelle de la victoire que Tarmée royale venait de remporter sur les huguenots, à Dreux, le 19 décembre. Encouragés par ce succès et chargés par Catherine de Médicis de la manière la plus péremptoire de tout faire pour amener une réforme sincère (^), ils présentèrent aux légats, le 2 janvier 1 563, un long libelle de réforme:, suivant en cela l'exemple donné par l'empereur (^). Ce libelle en 34 articles, demandait : qu'on ne donnât Tordre de prêtrise qu'à des hommes d'un âge mûr et de mœurs irréprochables; qu'on ne choisît comme évêques que des prêtres d'un âge canonique et doués des capacités nécessaires, comme abbés et prieurs que des docteurs en théologie. Il exigeait, en outre, qu'on ordonnât des prêches fréquentes et régulières, qu'on rétablît l'activité enseignante et bienfaisante des couvents, qu'on rédigeât un bon catéchisme, qu'on défendît le cumul de bénéfices ecclésiastiques, qu on abolît les droits casuels des clercs, qu'on ajoutât au service régulier des passages en langue vulgaire, qu'on accordât le calice aux laïques, qu'on se déclarât contre les bénéfices sans devoirs spirituels ainsi que contre les pensions attachées aux bénéfices, qu'on supprimât les dispenses matrimoniales vendues pour de l'argent, au grand scandale des fidèles, qu'on limitât les excommunications et qu'on introduisît des conciles diocésains annuels, des conciles provinciaux biennaux, des conciles généraux décennaux.

(') Palkotto, p. 624 s.

(•j NicoL. PsALMAEUS, Acta coftcUii TndenHni\ Le Plat, t. VII. II, p. 109. (•) Le Plat, t. V, p. 629 ss., avec les réponses des légats et des cardinaux de Rome.

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