‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 178 sur 215 · LIBELLE DE RÉFORME FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LIBELLE DE RÉFORME FRANÇAIS

Ces réclamations assez modestes n'entamaient en rien les dogmes ni la hiérarchie catholiques. Mais Rome et le clergé en général auraient dû se priver de bien des sources de richesses, mettre un terme au favoritisme, la meilleure arme de la cour romaine, et se donner bien plus de besogne et de travail que jusqu'alors. Ces raisons suffirent pour rendre le libelle de réforme désagréable aux Romains ; et ce qui ajouta encore à leur irritation, c'est qu'il fut immédiatement imprimé à Riva et à Padoue et soumis de cette manière à l'appréciation de toute la chrétienté (^). On ne montra dès lors aucun ménagement pour les propositions si modérées de la reine-mère, qu'on traita plus mal encore que l'empereur. Les légats opposèrent aux différents articles des projets de réponse repoussant presque tous les articles un peu importants et envoyèrent ces documents à Rome. Là, ils furent soumis à la délibération d'une congrégation de cardinaux qui refusa encore le peu que les légats avaient cru pouvoir accorder, et qui se plaignit amèrement de ce que le libelle français ne parlait toujours que du concile, jamais du pape, dont l'autorisation seule pouvait cependant lui donner une valeur légale.

La curie s'opposait donc à toute réformation importante de l'Eglise et proclamait en même temps le principe de sa suprématie sur le concile. Dans quel esprit elle voulait diriger les délibérations du synode, une lettre des légats mêmes au cardinal Borromée, du 13 janvier 1563, l'indique suffisamment. Ils y disaient qu'ils n'avaient en vue que deux choses : d'une part de faire affermir encore plus

(«) Sarpi, lib. t. VIII.

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fortement par le concile le pouvoir papal ; et ceci obtenu, d'amener aussi vite que possible la dissolution du concile.

Le pape, de son côté, donnait à ce moment même un exemple frappant de son mépris complet des décisions les plus explicites de rassemblée, en même temps qu'il jetait un orgueilleux défi à toutes ces nations ultramonlaines qui se fatiguaient à réclamer une réformation in capite et membris. En violation des décrets formels du concile, il fit cardinaux, deux enfants appartenant à des maisons princières, nomma évêques des gens ne possédant ni Tâge canonique ni les grades académiques, et chargea beaucoup d'églises de pensions écrasantes pour ses favoris (^).

Cependant le parti indépendant du concile, considérablement augmenté et encouragé par Tarrivée des Français et par leur fière conduite, montrait peu dinclination à se soumettre aux exigences tyranniques de Rome. Il avait repris la discussion d'une question presqu aussi dangereuse que celle du droit divin de l'épiscopat : la résidence ecclésiastique. L'ancienne lutte se renouvela immédiatement entre le droit positif, humain et le droit divin. Ces débats, qui, du reste, se tenaient en dehors des violences ordinaires des deux partis, se prolongèrent jusqu'au delà de la fin de l'année 1562.

Les peuples chrétiens commençaient à s'inquiéter de ces discussions interminables, restant sans aucun résultat important. On disait partout, en faisant allusion aux deux matières de 1 institution divine de l'épiscopat et

(*) C'est encore le cardinal Paleotto qui nous rapporte ces actions inexcusables de Pie IV; p. 625.

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