LA CURIE OPPOSÉE AUX RÉFORMES
de r origine divine de la résidence : que le concile avait ouvert une guerre entre le Sauveur et le pape (^).
Une troisième difficulté était venue se joindre aux deux autres. Le pape avait exigé qu'au huitième canon de Tordre, qui traitait deTépiscopat, le souverain pontife fût expressément déclaré chef de TEglise universelle, rector wnversalis ecclesiae. Mais cette formule semblait impliquer la supériorité du pape même sur TEglise universelle réunie, c'est-à-dire sur le concile. Les Français, toujours partisans inébranlables de la souveraineté des conciles, s'y opposèrent obstinément. Le cardinal de Lorraine qui au fond ne voulait pas rompre ]tout à fait avec le pape et le sacré-collège, crut pourtant ne pas pouvoir accueillir de tels termes. Et les ambassadeurs français déclarèrent hautement : que, après avoir admis de choses si énormes, ils seraient lapidés dans leur patrie. Sans tenir compte de ces difficultés, le pape, impatient comme toujours, était mécontent que les légats n'eussent pu faire triompher sa volonté à ce sujet, et des lettres fort aigres furent échangées entre le cardinal Borromée et les légats 0-
La session publique dut être ajournée de mois en mois. Le cardinal de Lorraine était d'avis que, pendant le temps qu'on perdait inutilement, on aurait déjà pu terminer le concile, que ces retards continuels étaient un scandale pour toute la chrétienté. L'évêque d'Alife s'écria en pleine congrégation : " Il me paraît quelquefois que l'antéchrist est venu, tellement sont confuses les agitations des
(*) Lettre du cardinal de Lorraine^ 14 janvier 1563; Lb Plat, t. V, p. 655. (^ Pallayicwi, XIX, 13. 2.
526 l'opposition.
pères „ (^). Evidemment les légats cherchaient à traîner en longueur les délibérations pour éviter une décision des points concernant l'institution de Tépiscopat et la résidence. Cette conduite fut couronnée à la fin d'un succès complet. Les adversaires, cependant, s'apercevaient bien du véritable but des légats. L'archevêque de Grenade et l'évêque de Ségovie, dans des lettres adressées au marquis de Pescaire, se plaignent amèrement que le pape ne voulait pas de décision et que les légats opprimaient la liberté des délibérations Q. Et ce grief n'était que trop fondé. Vers le milieu de janvier, les congrégations générales cessèrent complètement, parce que dans aucune des deux grandes questions pendantes on ne pouvait arriver à un accord. Pour avoir l'air de faire quelque chose, on institua une commission chargée de délibérer sur la question de résidence. Mais quelques jours après, le cardinal de Lorraine y déclara que les agissements de la commission étaient tellement scandaleux qu'il ne prendrait plus part à ses séances, n'ayant pas envie d'y ruiner l'autorité de son nom (^). Et pendant que les délibérations officielles languissaient ainsi sans espoir d'amélioration, de nombreuses assemblées privées se formaient qui ne faisaient que fomenter l'intrigue et la discorde. " Au concile, tout est sens dessus dessous ! „ c'est ainsi que l'archevêque de Prague s'exprime dans une de s es dépêches à l'empereur. (*).
(') Palkotto, p. 642.
(•) Raynaldi ad. an. 1562, nr. 103.
(•) Nie. PSALMiEUS, p. 116.
(*) Du 1« février 1563; Bucholtz. t. IX, p. 681.