LE CONCILE ENRAYÉ
D'autre part, les légats, dans leurs correspondances avec Rome, se plaignaient de leur situation difficile, de la désobéissance et de la résistance des évêques qui prétendaient être particulièrement dévoués au saint-siège. Ils demandaient à sa Sainteté des instructions pour le cas probable où le concile irait se dissoudre. Le pape, qui n'était pas du tout mécontent de voir le concile s'humilier et se ruiner lui-même, s'empressa de montrer la curie sous un jour d'autant plus favorable. Le 29 janvier 1563, il publia en consistoire des cardinaux huit articles réformant les pires abus de l'administration papale des finances, de la distribution des bénéfices et des dispenses matrimoniales (^). En même temps, sur le conseil du cardinal Saint-Clément, il exhorta chacun des ambassadeurs des princes séculiers à Rome, à soumettre ses vœux particuliers non pas au concile, mais à lui, le pontife, qui chercherait à les réaliser immédiatement Q. C'était un moyen très habile d'enrayer Je concile et de faire paraître en outre toute concession comme un pur résultat de l'autorité papale et, dès lors, essentiellement révocable.
Vers cette même époque, l'empereur se rendit à Innsbruck, pour voir de plus près 1 état des choses au concile, dont il avait une très mauvaise opinion. Aussitôt la cour romaine résolut d'envoyer auprès de lui l'un des Jégats pour le gagner à l'idée de clore les séances du synode; mais elle ne put se mettre d'accord tout de suite sur le choix du personnage qu'on chargerait
(•) Dépêche de Lisle du 2 février; Le Plat, t, V, p. 670. (■) Relaz, di Girol, Soranzo; AlbÉRI, t, V, p. 118,
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d'une mission si importante. Mantoue et Seripando étaient suspects à la curie; Simonetta était odieux à Ferdinand; Hosius trop peu au courant des affaires. Les légats, de leur côté, craignant de se trouver exposés aux accusations de Drascovics et de Lorraine, dont on prévoyait le départ pour Innsbruck, y dépêchèrent de leur propre mouvement Tévéque Commendone, connu de l'empereur depuis 1561. Mais le prélat revint quelques jours après, sans avoir obtenu aucun succès. Il avait trouvé Ferdinand „ douloureusement ému „ de la marche que les événements avaient prise à Trente, et il croyait qu'il fallait s'attendre, de la part du monarque, à des actes d'hostilité ouverte envers le synode (*).
Pour faire au moins quelque chose et en même temps pour détourner les esprits dès questions irritantes et malencontreuses, on résolut à Trente, sur la proposition des légats, de s'occuper du sacrement du mariage et de l'abolition des abus de l'ordre de prêtrise.
Mais les Français ne voulurent plus se contenter de matières d'une importance tellement secondaire. Ils demandèrent avant tout que le concile prît en considération le libelle de réforme de leur roi et discutât les propositions qui y étaient contenues. Le 1 1 février, 1 563 ils parurent dans la congrégation générale, pour présenter une lettre de Charles IX se rapportant au libelle. Du Ferrier fit un nouveau discours rempli, selon sa coutume, de nombreuses citations bibliques, par lequel il exigeait qu'on donnât enfin de bonnes lois et, ce qui serait plus impor-
(«) Lettres de ViscmH, de février 1563 ; Baluze-Maksi. t. III, p. 438- 442. — Lettre de Varchev. de 2^ra au card. Comaro, 18 février ; ouvr. cité, t. IV, p. 298. — Belatim de Ommendone; Pallavicihi. XX. 4, 3.
l'empereur a innsbruck. 529
tant, qu'on en assurât Texécution d'après les propositions de son maître. Sans cela, ajoutait-t-il, le concile deviendra Tobjet de Texécration des catholiques et des sarcasmes de ses adversaires. Le cardinal de Lorraine parla d'une manière encore bien plus décidée : " C'est la troisième et dernière fois que le concile est invité à prêter l'oreille aux justes demandes et griefs du roi très chrétien. Nous n'avons plus besoin de paroles, mais de faits. Je vous le jure devant Dieu, pères du synode, si Taffaire est encore retardée, je ferai tout ce qui me sera possible pour convaincre les Français que j'ai fait mon devoir „(*). Il menaça de quitter Trente immédiatement après Pâques Q — et ce départ serait devenu le signal d un synode national en France. La réponse du concile ?e borna à des promesses vagues, à des exhortations au roi de continuer le combat contre les hérétiques.
Le pape était tellement irrité de l'opposition des Français et des Allemands et de la rébellion prétendue des évéques, qu'il songea sérieusement à mettre de suite un terme au concile. On croyait alors que Lorraine allait attirer à Trente encore 60 autres évéques français — et la cour romaine n'en était que plus pressée de hâter la fin de l'assemblée.
La situation était désespérée. Charles de Lorraine voulant essayer d'y remédier avec le concours de l'empereur, se rendit auprès de lui, le 12 février. Il fut, en effet, parfaitement accueilli par Ferdinand, avec lequel il restait en excellents termes.
(*) Cette dernière phrase, omise par Raynaldi et, en conséquence pai Le Plat, s* trouve chez Palkotto, p. 643.
(•) Lettre de Vtsconti, février; p. 438.