‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 182 sur 215 · LE CONGRÈS D'INNSBRUCK · texte numérisé non relu

LE CONGRÈS D'INNSBRUCK

procès-verbaux et recueillît les votes. Il proposa donc, pour changer cet état malheureux des choses, qu'on fît venir à Trente, d'Espagne, de France, d'Allemagne un nombre aussi considérable que possible d'évêques et d'abbés pour contrebalancer les Italiens ; que les ambassadeurs des princes présentassent leurs réclamations, non pas aux légats, mais directement dans les séances du concile, près duquel ils étaient accrédités; et que l'empereur se rendît personnellement à Trente pour influencer le concile dans son propre sens et dans celui du parti de la réforme.

Mais ces propositions du cardinal de Lorraine étaient plus faciles à énoncer qu'à réaliser. La dernière idée avait déjà été repoussée par Ferdinand, avec beaucoup de raison; car probablement sa présence à Trente n'aurait amené d'autre résultat que de donner aux papistes le prétexte de crier à la violence, exercée par l'empereur sur le concile, et d'indisposer contre lui même beaucoup de prélats bienveillants. Quant à trouver encore un grand nombre d'évêques non-Italiens prêts à se rendre à Trente — c'était un espoir très invraisemblable. L'essai des ambassadeurs de se faire entendre en congrégation générale sur des projets non approuvés par les légats, serait resté infructueux sans aucun doute et n'aurait amené que la dissolution du concile.

Ces délibérations stériles ne firent donc qu'accroître la mauvaise opinion que Ferdinand I" avait depuis longtemps de l'assemblée. A cette même époque (*), les procurateurs envoyés à Trente par des évêqucs alle-

C) Le Plat, i. V, p. 635.

532 l'opposition,

mands, se plaignaient vivement qu'on leur refusât la voix délibérative qui leur avait été accordée dans les mêmes circonstances aux réunions précédentes. Ils disaient avec beaucoup de raison qu'il était à craindre que les Italiens et Espagnols, dont les sentiments et les besoins étaient si différents de ceux des Allemands, ne réglassent tout exclusivement d'après leur bon plaisir, de sorte qu'au bout du compte l'empire serait obligé de refuser d'adhérer aux décrets du concile.

On ne tarda pas à se convaincre à Innsbruck que la majorité de cette assemblée de Trente ne donnait plus lieu aux espérances les plus modestes! Une partie des mémoires présentés à l'empereur par ses conseillers le disaient, en effet, en toutes lettres. C'était d'autant plus dangereux pour le concile que le pape, par peur des Français et des Espagnols, commençait à se donner toute la peine du monde d'attirer l'empereur à lui, et de lui faire abandonner la cause du synode, en lui promettant tous les avantages possibles et particulièrement la concession du calice aux laïques après la fin du concile.

Le résultat définitif de ces circonstances fut que l'empereur, dans ses demandes ultérieures, s'adressa non plus au concile mais au souverain pontife. Quant à l'assemblée de Trente, il se contenta d'y renvoyer l'évêquedes Cinq- Eglises, chargé de lui exprimer son plus haut mécontentement, sans lui apporter aucune proposition(conimencement de mars 1563). De tous les côtés, du reste, arrivaient des nouvelles indiquant qu'on désespérait du concile et qu'on condamnait ses hésitations et ses discordes éternelles (*).

C) Palkotto, p. 644.

l'empereur s*adresse au pape. 533

Les démarches que Tempereur faisait auprès du pape étaient d*une bien autre importance.

Il lui adressa deux lettres, dont une publique, destinée à être communiquée aux légats du concile et aux monarques étrangers (*), et une secrète, écrite exclusivement pour le saint-père (3 mars 1563).

La première de ces épîtres dissuadait encore le pape, avec beaucoup d'instances, du dessein qu'on lui attribuait, de dissoudre ou de suspendre le concile. Il priait, au contraire, de permettre au concile de commencer enfin une réforme sérieuse de TEglise, en pleine liberté, comme celle qui avait régné dans les synodes antérieurs. C'est d'autant plus nécessaire, disait l'empereur, que partout les esprits se détournent déjà de plus en plus du pape et du concile. Enfin, pour mieux régler toutes ces affaires, l'empereur proposait au pape une entrevue à Trente même.

La lettre secrète, beaucoup plus détaillée, est un témoignage intéressant de l'opinion qu'un catholique pieux et éclairé se faisait alors de la situation de l'Église. L'empereur mentionnait d'abord encore une fois les plaintes universelles, et qui n'étaient que trop fondées, sur les retards apportés à la réforme, et disait qu'elle devait s'étendre surtout au mode d'élection des papes et aux cardinaux, dans le nombre desquels il ne fallait plus accueillir des enfants sans jugement ou des ignorants manifestes; allusion aux dernières promotions faites par Pie IV lui-même, qui ne la comprit que trop bien (*). Il fallait agir d'après les

(M Vi.-cosTi. 11 mars, p. 451.

(•} SiCKKL. |>. 453.

534 l'opposition.

mêmes principes dans Télection des évêques. Quant au concile, la lettre énumérait trois classes de prélats: les premiers, cherchant à obtenir le cardinalat ; les seconds, pauvres et par cela même dépendant des grâces et des libéralités du pape; les troisièmes, assez riches pour n'écouter que leur conscience. Seuls ces derniers étaient réellement libres, tandis que les deux premières classes, par espoir ou par crainte, s'opposaient à toute réforme décisive. Les résolutions du concile n'étaientelles pas, avant leur acceptation définitive, soumises au pape et décidées par sa Sainteté, avec une commission de cardinaux? de sorte qu'il semblait qu'il y avait deux conciles, l'un à Rome, l'autre à Trente. Il vaudrait donc mieux que le pontife se rendit lui-même dans cette dernière ville, où l'empereur irait volontiers s'aboucher avec lui.

Après l'arrivée d'un message papal, l'empereur s'adressa une troisième fois à Pie IV ( 8 mars ), en termes encore plus énergiques. Il n'est pas étonnant, y disait-il, que les luthériens ne veuillent pas se montrer à Trente, puisqu'il est bien constaté quj le concile est dirigé et conduit d'après les caprices de Rome, que les messagers ne font qu'aller et venir entre Rome et Trente, que les pères sont influencés par des dons, des promesses ou des menaces. Le concile perd ainsi toute son autorité, et il est abaissé au niveau d'une réunion purement délibérante. — En vain le nonce pria-t-il l'empereur de s'opposer aux efforts de quelques évêques français et espagnols qui voulaient ébranler le pouvoir et l'autorité du pape. Ferdinand répondit froidement (9 mars) : qu'il blâmait, lui aussi, les discussions

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