FERMETÉ DU PAPE
Quand Pie IV faisait preuve de tant de fermeté, il est facile de se figurer Taccueil que devait trouver auprès de lui la nouvelle proposition du roi de France, de transférer le concile dans une ville d'Allemagne (^). Le gouvernement français, inquiété dans son propre pays par les troubles religieux, et assez favorable, à cette époque, aux protestants, n avait aucune autorité à Rome. S'il avait compté, pour appuyer ses démarches, sur l'assistance zélée de Ferdinand I*', il se trompait complètement. En vain Catherine lui envoya le président Birague pour gagner sa coopération (printemps 1 563 Q, Ferdinand agissait seul, sans se soucier de la France, et par cela même n'obtenait aucun succès. La cour romaine lui avait, du reste, fait entendre que les Français n'avaient d'autre but, avec leur proposition, que de se concilier les sympathies des protestants allemands pour les déchaîner à un moment donné contre la maison d'Autriche (^). Enfin le roi d'Espagne s'opposa fortement à Rome à une telle translation (*) ; il prêchait des convertis ! Ainsi le saintsiège vainquit tous ses adversaires avec facilité : ils n'étaient jamais d'accord, il pouvait les combattre les uns par les autres!
Cette profonde désunion des nations catholiques se manifestait à Trente même d'une manière très significative. On y voyait tous les jours les serviteurs des prélats se battre entre eux. On s'égorgeait dans les rues, aux
(') Le Plat. t. V, p. 792, t. VI, p. 8.
(') Lb Laboureur, t. I, p. 800 s.
(■) Dépèche de l'évoque de Rennes ; ouvr. cité, p. 804.
\*) Initr.pour Zu7tiga, 10 mars. DOllingbr, Beitraegi, t. I. p. 491 s. — Lettre de Philippe II à r empereur , 9 juin ; Doc, ineditos, t IX, p. 325.
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cris de : Espagne, Italie, France. Pendant plusieurs jours, même les prélats nosèrent plus quitter leurs demeures pour ne pas être exposés aux attaques de ces combattants furieux.
La suspension des débats qui durait depuis le milieu de janvier 1563, fut prolongée encore par deux événements sinistres : d'abord — le 2 mars — le cardinal de Mantoue, et, quinze jours plus tard — le 1 7 mars — le cardinal Seripando, moururent après une courte maladie, tous les deux fort aimés et vénérés par les pères, pour lesquels ils s'étaient toujours montrés pieux, charitables et conciliants. Altemps était retourné depuis longtemps à Rome. Les deux autres légats, Simonetta et Hosius, osèrent d'autant moins agir sous leur propre responsabilité, que le premier se savait haï de tous les prélats du parti indépendant, et que le second avait toujours joué un rôle fort effacé. Par conséquent, enénumérant encore une fois au pape toutes les difficultés de la situation, ils le prièrent de choisir, aussitôt que possible, deux nouveaux légats à la place des défunts.
Pie IV s'empressa d'obtempérer à leur demande. La situation était assez difficile pour conseiller une prompte résolution. Il nomma deux cardinaux qui jouissaient depuis longtemps de sa confiance particulière : Morone et Navagero.
Morone fut choisi comme premier légat et successeur du cardinal de Mantoue, malgré la résistance du parti orthodoxe dans le sacré-collège. Né en 1509, il était le fils du dernier chancelier du duché indépendant de Milan. Après avoir fait ses études à l'université de Padoue, il avait reçu les ordres; et comme son père