‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 186 sur 215 · LES NOUVEAUX LÉGATS · texte numérisé non relu

LES NOUVEAUX LÉGATS

avait réussi à délivrer le pape Clément VII de son emprisonnement au château Saint- Ange, en ménageant un accord entre lui et les impériaux, en 1527, Morone fut nommé évéque de Modène, à peine âgé de 20 ans. A 33 ans, en 1542, il fut revêtu de la pourpre romaine. Mais, par suite de ses légations répétées en Allemagne, de ses efforts pour amener une réconciliation eiUre catholiques et luthériens, et de ses conseils de plus en plus pressants de convoquer un concile, il était devenu suspect de pencher vers le protestantisme. Le fanatique et sombre Paul IV l'avait fait arrêter pour cette raison et enfermer au château Saint-Ange. Délivré immédiatement après la mort de ce pontife, il chercha à faire oublier, par un grand zèle pour la cause papale, les accusations qu'on avait autrefois élevées contre lui. Il avait su gagner en effet le faible Pie IV, mais il était devenu antipathique aux cardinaux de toutes nuances qui méprisaient la versatilité de son caractère. On l'appelait le " puits de Saint-Patrice „ qui, d'après la légende, n*a pas de fond (*).

Bernard Navagero, le second des légats nommés par Pie IV, était un noble vénitien, de la famille du célèbre humaniste Naugerius. Né en 1507, il entra au service de la République et fut consécutivement ambassadeur en Dalmatie, à Constantinople, à Paris, à Rome et près de l'empereur. Mais, après la mort de sa femme, fille du doge Pierre Lando, il quitta l'habit mondain pour devenir prêtre et, immédiatement après — en 1561 — il fut créé

(*) Il pozzo di S. Patrizio ; ReUu, di GiroL Sorramo (Rom. 1565); AlbÉri» t. X. p. 141.

540 l'opposition.

cardinal par Pie IV, qui le connaissait et l'estimait depuis longtemps. Il est évident que ce fut moins une vocation intérieure que les promesses de son ami le pape, qui ramenèrent à se faire ecclésiastique. Auteur, du reste, de plusieurs écrits et bon prédicateur, il était odieux à ses compatriotes qui n'aimaient point que leurs hommes d'Etat devinssent les serviteurs des papes, envers lesquels, malgré toute leur piétc, les Vénitiens conservaient de grandes défiances politiques. Navagero ne s'était rangé que plus résolument du côté de ses nouveaux collègues et restait presqu'cn hostilité avec les pouvoirs temporels. En choisissant Morone, le pape voulait satisfaire le parti de la réforme modérée qui, par erreur, le comptait encore parmi ses membres ; en choisissant Navagero, il plaisait aux papistes zélés, dont les opinions étaient partagées par ce cardinal. Dans tous les cas, on gagnait, par la nomination de Morone, l'empereur Ferdinand Y^ qui le croyait son ami et qui exprima hautement sa joie de le voir élu légat (*). C'était, en effet, sur les relations de ce cardinal avec l'empereur que la curie romaine basait son espoir d'arriver à une victoire définitive dans les affaires du concile. Il n'y avait pas de temps à perdre, si l'on ne voulait assister à une dissolution humiliante du concile, à une révolte de la France et peutêtre à la défection de la monarchie autrichienne.

(') SiCKEL, p. 46i.

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