‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 188 sur 215 · et Discours (C Allègre au pape^ p · texte numérisé non relu

et Discours (C Allègre au pape^ p

j (*) KlJe datait déjà du 28 décembre 1562; DOllinger, ><9^//ra<r^^, t. I,

p. 478 ss. — une seconde instinct, du 10 mars 1563; ouvr. cité, p. 493.

SITUATION DIFFICILE Dt PAPE. 543

soin et clarté et que toutes les erreurs modernes fussent énoncées et condamnées spécialement et expressément, même si elles avaient été déjà jugées dans des occasions antérieures. Comme la réforme n'était encore que fort peu avancée, il fallait y travailler avec beaucoup de zèle et de persévérance. Le roi protestait vivement contre la permission du calice aux laïques, comme l'empereur la demandait, car par une telle concession on ne gagnerait point les hérétiques, tandis qu'on rendrait incertain ou offenserait gravement les bons catholiques, qu'on pousserait ceux qui doutaient à des erreurs nouvelles et provoquerait une espèce de schisme par la différence des rites. Ce fut encore une allusion désobligeante pour le pape qui, comme nous le savons, était assez favorable à cette demande de Ferdinand. Plus encore : D. Louis avait l'ordre exprès d'insister avec la plus grande énergie sur l'abolition de la formule : proponentibiis legatis^ parce que, sans l'apparence extérieure d'une liberté entière, le concile ne pourrait produire aucun avantage. Cet ordre était donné également au comte de Luna, que le roi avait choisi depuis longtemps pour son orateur au concile. Déjà, en octobre 1562, le monarque avait écrit dans ce sens à l'empereur son oncle, en témoignant subitement beaucoup d'égards pour les hérétiques qui ne reconnaîtraient jamais un concile dépendant des légats apostoliques (^).

Philippe s'opposait donc nettement et avec énergie à toutes les décisions du saint-père en matière conciliaire. Et on pouvait prévoir quH y apporterait plus

(') Lettre de Philippe II à r empereur, 20 uct. 1562; Doc. inédites, t. II, p. 562 ss.

de fermeté que Ferdinand ou que les Français. Il menaçait déjà de rappeler ses ambassadeurs de Rome, immédiatement après la fin du concile, parce que le pape n'avait pas assez d'égards pour ses désirs (^).

11 y avait dans les demandes de l'empereur, des Français et de Philippe un nombre considérable de points où, en oubliant leurs divergences sur le reste, ils auraient pu tomber d'accord et imposer leur volonté au pape : notamment dans tout ce qui se rapportait à la liberté parfaite du concile et à la réforme de la discipline et de la hiérarchie ecclésiastiques. C'était ce que la curie craignait avant tout. Moment décisif, dangereux pour Rome ! Pour sortir de cette situation pénible, il ne restait au pape qu'à s'adresser à celui parmi les monarques dont autrefois les vœux de réformes avaient été les plus larges et les plus radicaux, mais qu'on avait connu toujours pour le moins persévérant et le plus conciliant, et qui depuis avait donné des preuves suffisantes de son humeur pacifique, de sa facilité et même de sa faiblesse : l'empereur. Déjà, depuis le commencement du mois de mars, la cour romaine l'avait assailli de prières de protéger l'autorité du saint-siège contre l'opposition factieuse des Français et des Espagnols. Ferdinand avait d'abord refusé absolument. Il avait répondu qu'il devait protéger avant tout l'indépendance du synode. Il avait reproché au pape de promettre tout ce que les princes demandaient, et encore davantage, mais de n'en rien exécuter (^. Il avait même, sur la proposition de son neveu, corn-

(') Résolution du duc d'Albe du 5 mars, Instr. pour Vàrgas et Zuniga du 10 mars, DOllinger, Beiiraege, t. I, p. 486, 489 ss.

(•) Mémoire de Visconti.du cpmmencem. d'avril; Baluze-Mansi, t. IIl, p. 455.

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mandé à son ambassadeur de Rome de se joindre aux Espagnols pour protéger la liberté du concile. Cependant la curie ne perdit pas Tespoir d'arracher, par l'influence personnelle du premier légat, ce qu'elle n'avait pu obtenir par des lettres et par des messages, et de pratiquer ainsi une brèche dans ce mur d'hostilité qui menaçait de l'entourer de tous les côtés.

Morone resta à Innsbruck un mois entier, durant lequel on ne fit absolument rien à Trente. Il n'y revint que le 27 mai ; mais il est vrai que " l'ami le plus cher „ de Ferdinand — c'est ainsi que ce dernier l'appelle lui-même dans une lettre adressée à ses orateurs (^), — avait remporté une victoire complète sur le faible empereur.

D'abord Ferdinand s'était montré inaccessible. Mais il y avait à sa cour même un agent discret, zélé, habile de Rome, le jésuite Canisius. Cet homme qui avait — comme nous le savons — complètement captivé sa confiance, lui représenta adroitement que par de bons procédés il obtiendrait bien plus du saint-père qu'en l'importunant et en le menaçant; que, par sa résistance, il troublerait le concile, empêcherait tout résultat heureux, détruirait l'Eglise, favoriserait la propagation de l'hérésie (^). Ces raisons spécieuses ébranlèrent la résolution de l'empereur. Et puis, il était mécontent de la marche que les choses avaient prises jusqu'alors, et ne croyait pas pouvoir espérer un développement plus

(') Plangk, Anecdoia ad historiam conc, Iridentini perHneniia, fascic. 4, p. 13.

(•) Sacchimo, Historia Societatis Jesu, t. II, p. 276.

l'avenir. Il était profondément découragé dans ses tendances de réforme. En vain avait-il prié mille fois son neveu Philippe d'avoir égard à ce fait que Tempire germanique et les Etats héréditaires allemands et hongrois des Habsbourgs ne se trouvaient pas dans la situation heureuse de TEspagne qui avait conser\^é son unité religieuse, et que, pour les accorder de nouveau, il fallait réformer foncièrement, non seulement la discipline mais aussi le culte et les cérémonies de TEglise ('). Philippe II ne s'était pas laissé émouvoir ; au contraire, à Rome comme à Trente, il s'était toujours opposé énergiquement aux désirs de Tempereur quant au calice, au mariage des prêtres et à l'admission des langues nationales dans le culte. Le résultat de sa conduite avait été le rejet de ces propositions et la tenue réactionnaire de la majorité du concile. C'est pourquoi Ferdinand commençait à croire qu'il vaudrait mieux s'attacher à la cour romaine, se la rendre favorable, chercher à obtenir auprès d'eUe ce qu'on lui refusait partout ailleurs. Or, Morone était précisément chargé de lui promettre, de la manière la plus formelle, la concession du calice, aussitôt que le concile serait terminé (^). Cette promesse décida l'empereur à changer tout à fait de conduite envers une assemblée qui s'était montrée moins libérale et moins conciliante que la cour papale elle-même. Il permit dès lors que le nonce apostolique, Delfin, revisât et corrigeât tous les documents impériaux, destinés à lui-même ou au pape, avant leur expédition définitive

(') Entre autres lettres, l'enipereur à Philippe 11, 30 décembre 1562 ; Doc. ineditos, t. II, p. 578 s.

(•) Relaz. di Giac, Soranzo (Rome 1565)-, Albéri. t. X, p. 141, 146.

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et officielle ! Q). Il avait encore une autre raison de se montrer favorable au pontife : il travaillait assez anxieusement à faire reconnaître par la curie, comme roi des Romains, son fils Maximilien, connu partout comme catholique peu orthodoxe. Il ne fallait donc pas trop la brusquer.

Ferdinand se montra tout d'un coup " merveilleusement „ satisfait de la bulle de Pie IV, sur la réforme du conclave, et n'exprima que le désir modeste, que cette mesure louable fût au moins exécutée réellement. Morone, fort bien instruit par Canisius de l'état des choses à la cour impériale (^), lui exhiba une foule d'articles de réforme qu'on proposerait bientôt au concile — ce qui plongea l'empereur dans le ravissement. Morone agissait ainsi de la manière la plus adroite, selon la maxime qu'il avait établie lui-même comme devant guider sa négociation : " qu'il était nécessaire de trouver un expédient qui semblât donner quelque satisfaction à l'empereur, sans amoindrir en rien l'autorité du pape et de ses légats, de sorte que le concile restât dans la dépendance du pontife. „ Devant ces promesses assez vagues, Ferdinand renonça avec complaisance à faire soumettre les propositions faites au concile à des députations nationales, qui auraient enlevé aux Italiens le bénéfice de leur majorité numérique ; il consentit, sous de certaines réservées, que la formule : proponentibus legatis fût placée à la tête de tous les

(•) SiCKKL, p. 466 s.

(•) Morone a écrit lui-même une relation de toute cette ambassade. Ranks (Wtrke, t. XXXVIÏ, p. 218 ss.) en a donné des extraits en la croyant inédite. Mais elle a été publiée depuis longtemps par Schelhorn, Sammlung fur die GeschichU (Nœrdlingen 1779), t. I, p. 205-225.

décrets du synode général ; il désapprouva la recherche des difficultés soi-disant théoriques, telles que le droit divin de Tépiscopat, et promit de donner ordre à ses orateurs d'assister là-dessus les légats. Tout en exprimant son désir, que dans le courant des affaires ordinaires le pape abandonnât la direction du concile aux légats, il avoua que, si des circonstances toutes nouvelles et imprévues se présentaient, les légats pouvaient et devaient demander la décision du saint-père, et que les princes séculiers n'avaient pas le droit d'exercer une influence quelconque sur les résolutions de chacun des pères : de sorte que, tandis qu'il parlait de cette liberté seulement en forme de souhait, il se liait luimême par une promesse formelle (^). Les instructions qu'il envoya à ses orateurs de Trente, le 15 mai 1563, écrites sous l'influence directe de MoroneQ, sont une triste preuve de son peu d'intelligence et de caractère ; on les dirait dictées personnellement par le pape à un de ses nonces. On peut s'imaginer quel effet écrasant un document pareil dut exercer sur ses orateurs capables et bien pensants, sur tous les amis sincères d'une vraie réforme parmi les membres du concile ! (^) L'unité du parti de la réforme, du parti indépendant était brisée ; une brèche était pratiquée, par laquelle la cour romaine pouvait aisément passer pour planter sa bannière triomphante sur les ruines de la liberté ecclésiastique !

f*) Voir sur ces négociations de l'empereur avec Morone les actes originaux chez BucHOLTZ, t. IX. p. 686 ss., et Schelhorn, iûc. cit,

C) SiCKEL, p. 503.

(•) Il n'y a rien de plus caractéristique que les éloges dont R4TNAX.DI» dans son histoire ecclésiastique, comble cette lâcheté de Ferdinand; ad. an, 1563 nr. 95.

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