‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 189 sur 215 · TRIOMPHE DES LÉGATS · texte numérisé non relu

TRIOMPHE DES LÉGATS

Il n'y avait qu'un seul point sur lequel l'empereur était resté ferme. Le pape lui avait proposé encore une fois, par l'intermédiaire de Morone, la translation du concile à Bologne. Pie IV et Ferdinand I*' pourraient s'y rendre personnellement afin d'amener l'assemblée à un résultat satisfaisant pour tout le monde. Peut-être le roi d'Espagne y viendrait-il aussi — fantasmagorie à laquelle Pie, probablement, ne croyait pas lui-même. Il promit, en outre, d'y poser la couronne impériale sur le front de Ferdinand, au même lieu où Charles-Quint l'avait reçue 33 ans auparavant. Cependant, ce leurre ne séduisit nullement l'empereur qui repoussa le projet entier (^). Mais il n'insista pas non plus sur la translation du synode dans une ville d'Allemagne laquelle, dès lors, n'avait aucune chance d'être adopté. Les légats, au contraire, sûrs de l'assentiment de l'empereur, voulaient donner une réponse sévère et hostile au président de Birague (7 juin). Ce ne fut qu'à grande peine que le cardinal de Lorraine, qui, du reste, attribuait avec raison toute la faute de ces événements à la trop grande condescendance de Ferdinand, obtint une forme plus modérée de la réponse Q. Pour l'en punir, la curie travailla, en vain il est vrai, à le faire rappeler par le gouvernement français (^).

Grâce à la faiblesse de l'empereur, les légats se considéraient donc de plus en plus comme les maîtres

(') L'empereur s'exprime longuement sur ce point des négociations, dans une lettre h Philippe H, du "2 août 1563 ; Docum» inéditos, t. IX, p. 348 ss.

(«; TorelU, Diarium; Le Plat, t. VU, H, p. 224.

(') Dépèche de Santa-Croce du 27 juin, p. 145.

de la situation. Ce fut alors qu'ils envoyèrent Nicolas Ormetto au duc de Bavière pour Texhorter à ne pas accorder de sa propre autorité le calice à ses sujets (*). Ils disaient hautement qu'ils ne comprenaient la liberté du concile qu'autant que chacun pourrait exprimer librement son opinion, mais que pour toute résolution, il fallait d'abord s'assurer de la volonté du saint-père Q. En effet, sur tout article important de la doctrine de l'ordre, ils demandèrent d'abord des instructions à Rome, et quelquefois le pape repoussa des décisions qui avaient paru parfaitement acceptables aux légats mêmes (^). Et l'on demandait aux protestants de prendre part à un tel concile !

L'empereur qui avait agi malgré l'avis de tous ses conseillers, fut dignement récompensé de sa soumission aveugle : le pape, son but obtenu, retarda indéfiniment cette reconnaissance de son fils Maximilien comme roi des Romains, qu'il lui avait promise avec tant d'effusion ! " L'empereur était homme de peu de courage, „ disait de lui, d'un ton railleur, le secrétaire du cardinal de Lorraine(*). Et Maximilien n'avait pas tort de reprocher à son père en termes amers, que pour prix de toutes ses humiliations, qui n'auraient pas été convenables même de la part d'un prince moins puissant, il s'était laissé duper par le pape et les cardinaux. Il lui rappelait que Morone

(^) Lettre de Varchev, de Zaraa tarehev. de Raguse, 31 mai; BbcgadbLU» t. II, p. 82. — Le cardinal de Varsovie (Hosius) avait encore écrit personnellement dans le même sens au duc Albert V; BaLusb Mansi, t. II« p. 509.

(■) Dépêche des orateurs impériaux du 12 juin; Sickbl, p. 540.

(•) Cf. SiCKEL, p. 549.

(*) MusoTTi. p. 35.

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