‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 19 sur 215 · PROGRÈS DL' LUTHÉRANISME · texte numérisé non relu

PROGRÈS DL' LUTHÉRANISME

fils. Nommer Alexandre VI, cet infâme Borgia, c'est indiquer assez dans quel gouffre de débauche et de scélératesse la papauté était tombée à cette époque. L'Europe entière connaissait ces scandales et en était indignée. Les nations germaniques surtout, plus portées à la vie intérieure, à une piété sérieuse et convaincue, se détachaient de plus en plus de cette papauté corrompue et perverse, de cette Eglise qui ne croyait ])lus en ellemême.

Telles sont les circonstances principales qui, au commencement du XVI® siècle, favorisèrent la révolte de Luther en Allemagne et de Zwingli en Suisse, et la firent triompher avec une rapidité et dans une étendue auxquelles ni leurs auteurs, ni leurs adversaires n'avaient songé! La paix de religion, conclue àNuremberg, en 1532, laissa aux Protestants d'Allemagne toute liberté pour propager leurs doctrines : et telle était la haine contre le clergé et surtout contre la papauté, telle était l'indifférence envers les dogmes et la foi catholiques, que bientôt les neuf dixièmes des Allemands adoptèrent la réformation luthérienne. En Suisse, la défaite et la mort de Zwingli à la bataille de Cappel, en 1531, mit un terme à l'expansion locale du mouvement novateur, mais il avait déjà remporté la victoire dans les grands cantons urbains et industriels , et seuls les petits cantons peuplés de paysans, de pâtres et de chasseurs, restèrent fidèles à la religion traditionnelle. En Danemark et en Norwège, ce fut la couronne qui imposa la Réforme aux populations récalcitrantes et les obligea de s'y soumettre. En 1530, le luthéranisme avait triomphé en Danemark; en 1537, il l'emporta en Norwège, et même la lointaine

Islande dut l'admettre vers le milieu du XVP siècle. En Suède, le jeune roi, qui venait de délivrer le pays de la tyrannie danoise et de fonder une dynastie nouvelle, Gustave Wasa, favorisa la Réforme pour des motifs politiques et financiers ; en 1527, la diète de Westeras abolit le catholicisme dans le royaume tout entier. Enfin le dernier des grands états de race germanique, l'Angleterre, quoiqu'elle ne suivît pas immédiatement l'exemple donné par tous ces autres pays, se sépara résolument et complètement de Rome et de la papauté. Déjà les nations latines étaient, elles aussi, infectées de l'hérésie : en France, en Italie, en Espagne même, se formaient des communautés de partisans de Luther, et des moines, des évêques, des cardinaux penchaient visiblement vers ses doctrines.

11 est vrai que le bras séculier vint en aide à l'Eglise chancelante. La force brutale, le glaive du soldat, la corde du bourreau, le bûcher de l'Inquisition empêchèrent encore dans une partie de l'Europe la victoire complète de la Réforme. Mais la force ne pouvait rien contre ce lent travail de dissolution intérieure qui se continuait au sein de l'Église même. Nul, empereur ni roi, n'aurait pu sauver

l'Eglise malgré elle. Le catholicisme était donc perdu s'il ne trouvait pas dans son propre milieu des éléments et des hommes pour sa réforme intérieure, qui lui rendit ce qu'il avait perdu depuis des siècles, la foi, la conviction, l'enthousiasme; tout ce qui fait la force des chefs spirituels et entraîne à leur suite les masses fidèles. L'avenir du catholicisme était à ce prix.

Cependant les papes de cette époque ne comprirent d'abord absolument rien aux lourds devoirs que la situation si critique de l'Eglise leur imposait. Clément VII (1523-

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