LES PAPES ET LA RÉFORME
1534) ne s'intéressait nullement à la lutte contre les progrès du luthéranisme. Au contraire, il se regardait surtout comme un des princes temporels de l'Italie : s'il avait un sentiment plus général et plus élevé que l'ambition personnelle, c'était celui du patriotisme italien. 11 aurait voulu délivrer la belle péninsule du joug des " barbares ^. C'est dans cette intention qu'il combattit Charles- Quint, qui était pourtant le plus ferme soutien de la religion catholique en Allemagne, et l'obligea par son hostilité même de laisser faire, dans ce dernier pays, les hérétiques à leur guise. Mais Clément et ses alliés, les Français, furent battus, et cette défaite soumit complètement le pape à la volonté de l'empereur. Pour lui plaire, il refusa d'autoriser le divorce du roi d'Angleterre, Henri VllI, avec Catherine d'Aragon, tante de Charles -Quint : et ce refus eut pour conséquence la défection de l'Angleterre. Ainsi la politique de Clément VII servit partout la cause des adversaires de l'Eglise.
Plus tard, après avoir causé la perte de l'Angleterre par son alliance avec Tempereur, il se tourna de nouveau contre lui et, par l'entremise de François P^ de FVance, il rechercha même l'alliance des protestants d'Allemagne contre Charles-Quint. Celui-ci , attaqué par le pape , dut briguer, lui aussi, la faveur des luthériens. Voilà les événements qui expliquent la paix de Nuremberg et l'essor rapide qu'après ce traité la réformation prit dans tout l'Empire. Les tendances séculières que, malgré ce qui venait d'arriver, la papauté conservait sous Clément Vil, ont rendu plus menaçante l'éventualité d'une destruction complète de l'Eglise.
Son successeur Paul III avait été, lui aussi, élevé sous rinfluence exclusive de la Renaissance. 11 s'exprimait avec beaucoup d'élégance et même avec une certaine recherche, non-seulèment dans sa langue maternelle mais aussi en latin et même en grec. 11 s'entourait d'érudits. Il aimait la pompe, les dépenses, les beaux palais, les statues et tableaux. En môme temps, il s'adonnait à toute sorte de superstitions contraires à la religion: il faisait dépendre . ses résolutions importantes de l'observation des astres, et croyait fermement aux jours heureux ou néfastes. Du reste, comme il était un homme fort intelligent, il comprenait très bien la nécessité de réformes fondamentales au sein du catholicisme; mais il n'attachait de véritable intérêt qu'à des buts personnels et séculiers. Il avait un fils naturel qu'il avait reconnu, et des petits-fils: c'est à cette famille, aux Farnèse, qu'il voulait procurer des principautés et des seigneuries héréditaires — ambition qui l'occupait bien plus que tous les besoins de l'Eglise.
La papauté ne faisait donc rien pour sauver le catholicisme menacé d'une ruine complète. Le salut dut lui venir d'un autre côté, des couches inférieures de la hiérarchie, en dehors des cercles officiels de la curie romaine.
Le mouvement de réforme que tout le monde reconnaissait nécessaire au catholicisme pour qu'il pût soutenir avec succès la lutte contre la religion nouvelle, se produisit d'abord dans les ordres réguliers. Peu important en lui-même à l'origine, il devint très considérable par ses conséquences, par la fièvre de dévouement, d'austérité, de renouvellement de l'esprit religieux qu'il fit naître bientôt dans toutes les classes du monde catholique. Le