LUNA ET LA PRÉSÉANCE
d'un seul évêché en dehors de la province de Rome; chacun devait résider dans son diocèse, au moins pendant une partie de l'année. Enfin, les négligents étaient menacés de la perte de leur dignité Mais les cardinaux étaient trop égoïstes pour se soumettre à de telles lois. Ils avaient donc traîné la délibération en longueur. Alors le pape, prenant une résolution soudaine, envoya les canons au concile, qu'il chargea de les rédiger aussitôt que possible en forme de décret. Ainsi, pour la première fois, et contrairement à bien des déclarations antérieures, Pie IV soumit au synode général les affaires de la cour romaine.
On n'était pas encore venu à bout des difficultés dont nous avons parlé précédemment, lorsqu'une altercation d'étiquette menaça le concile d'une fin violente. Tout le monde sait quelle importance était attachée alors à des questions de ce genre. Depuis longtemps déjà, les rois de France et d'Espagne luttaient pour la préséance; on avait versé des deux côtés des flots d'encre, on avait épuisé tous les moyens et employé toutes les ruses de la diplomatie, naturellement sans avancer d'un pas, parce que aucune des parties ne voulait céder. A la cour de Rome surtout, ce conflit se poursuivait avec acharnement. Au milieu du mois d'avril, le comte de Luna était arrivé à Trente comme ambassadeur spécial du roi d'Espagne. C'était un digne représentant des Castillans et de leur monarque : d'une piété catholique extrême allant jusqu'au fanatisme, mais convaincu en même temps que l'Espagne était le seul rempart solide du catholicisme, le roi d'Espagne son défenseur et protecteur le plus suret pour cela même son
véritable représentant et juge suprême. Lorsque les légats demandèrent son conseil sur ce qu'il croyait être le plus utile pour la cause de la foi en Allemagne, où il avait résidé si longtemps comme ambassadeur, — il répondit : d y envoyer de nombreux bons prédicateurs et sur^ tout des jésuites qui se distinguent tant par leur activité et leur vie austère (^). Il était résolu, d'uni autre côté, à lutter énergiquement pour le prestige et Tautorité de la couronne d'Espagne ; et le nombre de ses fidèles était encore augmenté par trois évêques belges qui parurent à Trente vers cette même époque (^).
Par l'arrivée de Luna, l'ancien combat pour la préséance se renouvela tout naturellement entre la France et l'Espagne. Dans la salle même du concile, on éluda la difficulté en accordant une place spéciale à l'ambassadeur du roi catholique, en face des légats. Mais comment faire à l'occasion de processions publiques, et surtout à l'église ? Philippe. II, par son ambassadeur à Rome, avait menacé le pape de rappeler de Trente son représentant et ses prélats, si Ton ne faisait pas d'après sa volonté; de sorte qu'il avait obtenu de la part de Pie IV un ordre aux légats d'acquiescer aux désirs de l'Espagne. Les légats protestèrent à différentes reprises. Ils se trouvaient, en effet, dans une position des plus désagréables, les Français ayant annoncé que, dans un cas pareil, ils quitteraient tous Trente, en appelleraient à un concile plus libre et se placeraient en même temps hors de l'obédience de Pie IV. Pour une question
(*) Ratnaldi, ad, an. 1563, nr. 66.
(•) Ce furent les évêques d'Arras, de Namur et d'Ypres ; De Ram, p. 58.