‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 192 sur 215 · LUNA · texte numérisé non relu

LUNA

de pure forme, ils faisaient ainsi preuve d'une énergie qu'ils n'avaient jamais déployée pour obtenir des innovations réellement importantes et rendant possible le rétablissement de l'unité ecclésiastique ! Le pape recommanda alors de traiter les deux ambassadeurs sur le pied d'une égalité complète. Mais les Français ne le voulurent nullement admettre, parce que, depuis de$ temps immémoriaux, ils avaient possédé la préséance. Enfin, comme tous les prélats employèrent leurs bons services et que les évéques espagnols surtout montrèrent beaucoup de complaisance et d'abnégation nationale, on trouva un expédient qui mit un terme à ces luttes puériles. Mais Philippe II, déjà exaspéré contre le saint-siège^ était fort aigri de voir méconnu sa volonté d'imposer à la cour romaine et au synode général au moins l'égalité entre ses ambassadeurs et ceux de la France. Il se vengea en travaillant plus que jamais à prolonger la durée du concile, toujours fort incommode au saintsiège. Sur son ordre, le comte de Luna proposa à Trente d'inviter encore une fois les hérétiques d'Allemagne et de France et d'ajourner les séances du concile pour attendre d'abord le succès de cette mesure : car le synode est surtout convoqué, disait-il, pour regagner les égarés Q). Philippe lui-même avait exhorté l'empereur à s'associer à lui avec zèle, pour obtenir ce but qui devait intéresser si vivement le chef de l'empire Q. Quelle tendresse surprenante pour les hérétiques, de la part du roi catholique !

{}) Lettre de Vargas et de Zuniga à Luna, 27 juin, DdLLiNGER, Beitraige t. I, p. 531 ss.

(•j Lettre de Philippe II à V empereur, 9 juin ; Doe, inédites, t. IX, p. 327 ss.

556 YICTOIHE DE LA CUHIE.

Le pape était fort irrité de ces démarches de l'Espagne qui, évidemment, ne visaient qu'à prolonger les séances du concile. En même temps, Philippe mit de nouveau sur le tapis, tant à Rome qu'auprès des princes séculiers, la suppression de la formule prapanentiius /egatisj affaire qui, comme il le savait très bien, était particulièrement désagréable au pape. Aux plaintes du pontife, au sujet de la conduite peu convenable des prélats espagnols, il riposta en demandant de nouveau la liberté complète des délibérations conciliaires, quoique pour la forme il exhortât ses évêques à respecter Tautorité du saint-siège (^). L'aigreur du monarque espagnol se manisfestait aussi par la conduite du comte de Luna, qui à chaque moment causait aux légats les embarras les plus graves, et les accusait à Madrid, ainsi qu'à Rome.

Dans ces nécessités de la curie, Morone s'adressa, par une lettre lamentable, à son ami Ferdinand, le priant avant tout d'amener son neveu, le roi, à renoncer à la prolongation du concile, ** chose si dangereuse pour la paix de toute la chrétienté „ (^).

Quelle chance pour le pape de pouvoir compter désormais sur l'empereur! Ferdinand ne songeait plus qu'à ctre agréable à la cour romaine. 11 repoussa la demande du roi Philippe de convoquer encore une fois les hérétiques, comme inutile et plutôt nuisible. Avec une division aussi insensée des puissances sécuHères, la

(') Voir sur toutes ces affaires: les instructions pour Luna, 9 juin 1563. Doc ineditos, t. IX. p. :^39 ss.

C) Lk Plat. l. VI. p. 161.

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