RENOUVELLEMENT DE LA LUTTE
de TEglise fussent guéries (*). Lainez, général des jésuites, vota, au contraire, pour qu'on abandonnât simplement au pape tout le soin des réformes. " Il ne faut pas toujours, dit-il, avoir en vue TEglise primitive, ni lexemple de Tun ou de l'autre des saints, mais ce que la charité chrétienne conseille dans les circonstances actuelles. „ — Toute l'élasticité de la morale jésuitique se montre dans ces paroles ! — Mais Lainez alla encore plus loin. Il attaqua de la manière la plus violente et la plus offensante tous ceux qui avaient demandé des réformes. Comme son ordre Ta toujours fait, il se montra plus papal que le pape lui-même. "Qu'avons-nous besoin, s'écria-t-il, de nous occuper ici de réformes! Le pontife seul a le droit de sanctionner des mesures réformatrices. Ceux qui en demandent sans cesse par des discours séditieux, feraient beaucoup mieux en priant humblement le saint-père de vouloir bien les accorder. Cette affaire appartient au pape et à nul autre. „ Il eut même la hardiesse de se mettre à la place du souverain pontife, en menaçant le concile d'une prompte dissolution, si les pères assemblés continuaient à exiger des innovations et à oublier qu'ils étaient de simples créatures du pape. Sans apporter aucune raison sérieuse, il affirma hautement la supériorité de l'évêque de Rome sur le concile, l'impossibilité de concéder le calice aux laïques, etc. Ainsi il chercha à aigrir et à humilier en même temps les Allemands, les Français, les partisans
(*) Lettre de Parchev. de Zara à Carcheif. de Raguse^ 22 juillet ; Beccadelli, t. Il, p. 96.
des réformes les plus modérées. Il n'eut aucun scrupule d'injurier toute la nation française, en disant, qu'au fond, déjà depuis un siècle, elle était schismatique et séparée du saint-siège (^). Que ne devait-on pas attendre d'un ordre qui, dans ses premières années, osait déjà se placer au-dessus des évèques, des conciles, d'une grande nation catholique, et enfin du pape lui-même !
L'irritation entre le parti de réforme et les papistes^ c'est-à-dire la plus grande partie des Italiens, était redevenue très violente. L'archevêque d'Otrante et le cardinal de Lorraine se disputèrent vivement, lorsque ce dernier, selon la coutume des Français, eut plaidé en phrases pompeuses la supériorité des conciles sur le pape. Comme un évêque français tonnait contre les abus de la curie, l' évêque d'Orvieto dit : " Ecoutez comme le coq chante „ (en latin gallus, coq et Français). A quoi un prélat français répondit : " Au chant de ce coq, que saint Pierre — le pape — s'éveille et pleure chaudement ! „ Un autre Italien s'écria : " que le synode était tombé de la gale espagnole dans le mal français. „ Les légats cherchèrent à apaiser ces colères, mais évidemment en vue d'en faire payer ' les frais par le parti de la réforme. Ils y réussirent enfin, grâce au prélat qui avait été considéré jusques là comme le pire adversaire de Rome — le cardinal de Lorraine.
Depuis longtemps la cour papale s'était convaincue que les actes des Français étaient loin de répondre à
(*) Brus et Drascovics à V empereur, 18 juin 1563; SrcKEL, p. 547 s. — L'archev, de Zara au card. Cornaro, 17 juin; Baluze Mansi. t. TV. p. '^17.