‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 195 sur 215 · LORRAINE PASSE AU PARTI PAPAL · texte numérisé non relu

LORRAINE PASSE AU PARTI PAPAL

leurs paroles. Au dernier moment, eux et leur roi cessaient toujours la résistance qu'ils avaient si pompeusement annoncée. Ils ne proclamaient des principes fort indépendants que pour se soumettre à la fin : l'opposition des huguenots dans leur propre pays les paralysait. En conséquence, les Romains ne considéraient que les Espagnols comme des ennemis vraiment dangereux. La conduite fière et ferme de leurs prélats à Trente, les conseils orgueilleux et les exigences de leur roi à Rome, exaspéraient le pape au plus haut degré Q). Il résolut de s'adresser à leurs rivaux, les Français ; et comme ceux-ci suivaient tous, presque sans exception, les avis du cardinal de Lorraine, les diplomates de la curie crurent bon d'essayer de gagner ce prélat par l'appât des honneurs et de la flatterie. Le nonce à Paris, Prosper de Santa-Croce, qui jugeait très bien son homme, avait donné ce conseil, en faisant valoir la circonstance que, la position du cardinal en France étant ébranlée par la mort de son frère, le duc de Guise, il s'efforcerait de contenter sa Sainteté plus que la cour de Paris (^). Sûr de l'empereur et des Français, on pourrait dédaigner les attaques des Espagnols. Déjà depuis le mois de février Q, le pape avait suivi cet avis et, tout en désignant officiellement Lorraine comme un homme dangereux et l'adversaire du saint-siège 0, il s'était donné toutes les

(*) Dépêche de Zuniga et de Vargas du mois d'avril 1563 ; DOllinger, Beitraege, t. I, p. 496 ss.

(■ï Dépèche de Santa-Croce du 28 mars, 1563; Archives curieuses, s. I, t. VI, p. 140.

(■) Lettre de Visconti au card, Borromie, V* février, Baluzk-Mansi, t. III, p. 437.

(*) Dépêches de ZuîTiga du 3 avril ; Dôlltngkr, Beitraege, 1. 1, p. 498 s,

peines possibles pour l'attirer à lui par les preuves les plus flatteuses de confiance. La curie avait alors très adroitement profité de la situation nouvelle, créée au cardinal par le traité d'Amboise qui, en rendant le gouvernement de France aux modérés, aux " politiques „ et aux Bourbons, en avait exclu pour longtemps les catholiques zélés et le parti des Guises. L'évêque Gualtieri, de Viterbe, attaché au cardinal par le pape comme surveillant, lui avait représenté que seules la protection et Tamitié du saint-siège pouvaient promettre un avenir assuré à lui et à sa famille (^). Pendant plusieurs mois, Lorraine avait résisté, principalement parce que le gouvernement français faisait tout pour le satisfaire et se le rendre favorable. Mais il se convainquit bientôt que, momentanément, il ne pouvait songer à une nouvelle domination de sa famille en France ; le pontife lui faisait sans cesse des promesses et des offres ; il voyait l'empereur déserter honteusement la cause de la réforme : alors il fléchit également et passa au parti papal. Bientôt, Pie IV ordonna à ses légats de demander dans toutes choses le conseil de Lorraine, d'accorder la plus grande importance à ses opinions, et il l'invita lui-même plusieurs fois et avec beaucoup d'instances à venir à Rome, ayant fortement besoin de le consulter sur les affaires du concile. Pour récompense de ses services, il fit miroiter devant ses yeux la légation en France, avec des pouvoirs fort étendus (*). Tout cet art diplomatique fut couronné à la fin d'un succès complet.

r, Pai.lavicini, XX. 10. i. '2.

(•) Voir entre autres les lettres de Visconti ; Menduam p. 281 s., et Baluzk- Mansi. t, 111. p. 48:^ sw.

LES FRANÇAIS AHANI);>NNENT LA RÉFORME. 563

Charles de Lorraine, qui nagissait jamais que dans un but égoïste, ne voulant pas voir sa famille et lui-même exclus des affaires et sachant que la reine-mère le haïssait, crut devoir chercher son appui dans la cour de Rome. A la fin de juin, il y envoya son secrétaire Musotti, qui avait servi autrefois le légat Seripando et connaissait très bien l'état des choses dans la ville éternelle, pour discuter avec le saint-père les bases d'une entente Q. Cette conduite du cardinal décidait du résultat définitif du concile.

Pour marquer sa conversion. Lorraine pesa tellement sur les prélats français, que ceux-ci renoncèrent à résister plus longtemps aux désirs du parti papal quant aux canons sur les abus de Tordre Q. Le premier canon, traitant de Télection des évéques, fut ajourné ; le quatrième, décrétant la suppression des évêques titulaires, fut entièrement rejeté. Les Espagnols, les Allemands et quelques prélats italiens étaient vaincus par la majorité, renforcée des Français.

Ainsi, on put célébrer enfin, le 15 juillet 1563, la septième — 23^ — session du concile, attendue en vain depuis si longtemps. Les décrets et les canons sur Tordre de prêtrise furent adoptés sans beaucoup de résistance. Les décrets de réforme, surtout celui concernant la résidence, firent surgir encore plusieurs protestations qui n'empêchèrent pas leur adoption définitive. Le concile avait fait quelques pas importants.

(') Lettre de Carchev, de Zara au card, Cornaro, l**" juillet ; p. 32^. (*) Pallavtcixi, XXI. 11. 4.

564 VICTOIRE DE LV ClfRIE.

Pie IV se réjouit vivement de ces succès (^), d'autant plus qu'ils rapprochaient le terme où Ton pouvait espérer de se débarrasser du concile. Dès ce moment, il se mit à y travailler avec zèle. Pour obtenir un tel résultat, il fallait avant tout gagner l'empereur et le gouvernement français, afin de pouvoir concentrer tous les efforts sur Philippe II, dont on ne connaissait que trop bien le désir de voir durer le concile et de tenir ainsi en échec le saint-père.

Ce fut à cette occasion que, pour une seconde fois, Charles de Lorraine rendit au pape des services précieux. Vers la fin de juillet, il s'était résolu à suivre l'invitation du pape de se rendre à Rome, et dès lors, il devint le serviteur le plus zélé du parti pontifical qu'il avait combattu autrefois avec tant de phrases pompeuses ! Il joignit ses efforts à ceux des légats pour persuader à Tempereur, qu'on ne pouvait jamais espérer que la majorité italo-espagnole du concile accordât à la France, et surtout à l'Allemagne, les réformes tant désirées du calice, du mariage des prêtres, etc. ; qu'au contraire, le pape était disposé à les réaliser après la fin du concile qui n'offrait plus que des embarras. L'empereur avait d'abord résisté, et il avait même répondu au Lorrain sur un ton plein d'ironie. Mais alors Pie IV usa d'un argument irrésistible : il cessa subitement son opposition contre la forme assez inusitée et offensant les droits du saint-siège, dont Maximilien II aurait été élu roi

(') Lettres du cardinal BorronUe au cardinal HosiuSy 24-28 juillet 1563; Baluzr Maxsi, t. III. p. 510» et Cypriands, Tabul. p. 316 ss.

l'opinion en ALLEMAGNE. 565

des Romains C). Cette gracieuseté du pontife décida Tempereur. Malgré les avis contraires de son neveu d'Espagne, il promit de ne plus s'opposer à la clôture du concile, à la condition que les réformes qu'on lui avait fait entrevoir, seraient réalisées auparavant (^). Ce premier résultat important obtenu, la curie s'adressa au gouvernement français, par l'intermédiaire du cardinal de Lorraine. Celui-ci réussit sans peine auprès du faible gouvernement de Catherine de Médicis, désireuse de se faire pardonner par le chef du catholicisme la paix qu'elle venait de conclure avec les huguenots. Elle consentit à voir se terminer promptement les séances du concile, aux mêmes conditions que Ferdinand ï" (^). Le pontife, enchanté, combla le cardinal d'éloges en plein consistoire ; il n'y eut pas d'expressions assez hyperboliques pour fêter ses exploits.

Quel triomphe, en effet, pour le pape et pour toute la cour romaine ! Par la défection du cardinal, venant après celle de l'empereur, la bataille était gagnée. Aussitôt que les prélats français eurent renforcé, contre toute attente, les rangs de la majorité papale, la cause de la réforme sérieuse était perdue! Les Espagnols seuls étaient trop faibles pour la sauver. La fortune et la diplomatie habile de Rome s'étaient réunies pour amener ce résultat.

Encouragé par ce succès auprès de deux grands monarques du monde catholique, le pape écrivit au

(I) KeimANN. ouvr. cité, p. 14.

(*) JjR Plat, t. VI. p. 166 ss. — SickeL, p. 563 ss.

(") Lettre du cardinal de Lorraine à PU IV, 16.101.1; Lk Plat, t. VI. j». 180.

comte de Luna une lettre pressante pour le dissuader de troubler encore la paix de la chrétienté et de suspendre rachèvement des travaux du concile Q), L'empereur s'adressa (12 août) (^), en termes analogues, à son neveu le roi catholique. Mais ces missives demeurèrent sans résultat. Luna continua à intervenir dans les débats d une manière impérieuse, à exiger, avant toute décision, l'arrivée des ordres de son roi, à commander aux prélats espagnols comme à des subalternes et à les tancer à l'occasion (^). Et les événements montrèrent bientôt que le roi lui-même n'était point favorable aux désirs de la curie.

Après la vingt-troisième session, le concile s'occupa d'abord du sacrement du mariage. Sur ce sujet, trois points seulement peuvent nous intéresser : le neuvième canon, qui défendait le mariage des prêtres; le dixième qui déclarait le célibat meilleur et plus salutaire que le mariage; et le décret qui privait de validité les mariages secrets et fixait le minimum d'âge pour les mariages contractés sans le consentement des parents : vingt ans pour les garçons et dix-huit pour les filles. Ce décret contre Tabus des mariages clandestins fut rédigé sur le désir du gouvernement français et il fut principalement défendu par le cardinal de Lorraine. Cependant un grand nombre de pères étaient d'avis qu'un mariage conclu d'une manière même coupable était indissoluble à cause de son caractère sacra-

(^) 4 août; Ratnaldi ad an. 1563. nr. 142.

(■) Doc, ineditoSy IX, p. 353 ss.

Cj Kaynaldi ad. an. 1563, nr. 156.

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