‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 197 sur 215 · ATTAQUES CONTRE LE POUVOIR CIVIL · texte numérisé non relu

ATTAQUES CONTRE LE POUVOIR CIVIL

de patronage. Le dernier canon surtout, très long et très détaillé, était une attaque directe contre les gouvernements temporels. A l'exception de quelques cas rares, il leur défendait de traduire les prêtres devant la juridiction séculière, affranchissait celle-ci de tout contrôle des juges séculiers, tel qu'il existait depuis longtemps dans la législation d'Espagne et de France; il donnait aux tribunaux ecclésiastiques une extension exorbitante, jusque sur les sujets laïques d'un propriétaire foncier ecclésiastique. Il interdisait, en outre, à l'Etat de s'approprier les revenus spirituels pendant la vacance des sièges, et abolissait le Placet regium, qui était d'usage dans la plupart des pays pour les bulles et brefs pontificaux, à l'exécution desquels, au contraire, le bras séculier devait être toujours prêt. Ainsi, par ce seul canon, les légats cherchaient à regagner pour l'autorité pontificale, aux dépens des pouvoirs temporels, tout ce que la cour romaine avait dû céder aux évêques; ils essayaient de soumettre de nouveau le pouvoir séculier à l'Eglise, sous le spécieux prétexte, bien usé depuis des siècles, des libertés et des immunités spirituelles 0.

L'attaque était un peu trop brutale. Les ambassadeurs protestèrent de la manière la plus énergique contre un coup de main audacieux qui voulait priver l'Etat d'une foule de droits légitimement acquis et possédés depuis des siècles, et en partie indispensables aux pouvoirs publics. Pour le sauver, les légats employèrent d'abord leur moyen favori d'in-

(*) Theiner, II, p. 37i ss

timidation : ils jetèrent les hauts cris contre ce prétendu attentat à la liberté du concile et demandèrent même au pape la permission de suspendre le synode général Q). Mais peu à peu, ils durent se convaincre quils ne viendraient pas à bout de cette résistance, et ils se montrèrent même prêts à retirer tout à fait le dernier canon. Cependant les prélats italiens, et surtout ceux d'entre eux qui se trouvaient sous la domination dure et avide des Espagnols, refusèrent de souscrire à cet abandon. Us disaient qu'on réformait tous les clercs, qu'on les soumettait à des règlements rigoureux, et que, par conséquent, il fallait réformer aussi les princes et les empêcher de tyranniser les prêtres. La question était seulement de savoir si le concile général, convoqué pour régler la doctrine et la discipline de l'Eglise, avait le droit de s'ingérer dans les affaires des princes et dans les matières politiques ! Les légats obtinrent à la fin qu'on adoptât un terme moyen : la congrégation générale eut à s'occuper d'abord des 21 premiers articles de reforme, tandis qu'on réservait le reste à une délibération ultérieure. La discussion de ces 21 articles et leur rédaction définitive en vingt canons n'offrirent pas de graves difficultés.

Dans l'intervalle, le 18 septembre, le cardinal de Lorraine était parti pour Rome. Comblé par le pape de flatteries et de promesses, il abandonna complètement son ancienne manière de voir. On lui assura de nouveau la légation apostolique en France avec des pouvoirs fort étendus, tant politiques que religieux, qui Tauraient

(') SiCKEL. p. 586 ss. — Pallavicini, XXII, 6. 4.

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