‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 199 sur 215 · RÉSISTANCE DES PUISSANCES TEMPORELLES · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE DES PUISSANCES TEMPORELLES

à Venise, outrés de Thostilité qu'on leur avait montrée à Trente. Luna, encouragé par la peur manifeste des présidents, alla plus loin encore. Il se plaignit officiellement des légats auprès du pape et le pria de leur ordonner une plus grande condescendance pour les désirs du roi catholique Q), Il était parfaitement dans son droit; car, quoique Pie IV eût déjà permis, par un bref du 4 mai, de rayer le proponentibus legatis (^), Morone avait cru bon de mettre tout simplement cet ordre de côté.

Les démarches des ambassadeurs ne demeurèrent pas sans résultat. La plupart des prélats étaient assez intelligents et prudents pour ne pas risquer la défection des grandes puissances catholiques, la dissolution du concile, peut-être un schisme qui aurait été la condamnation à mort, si non de T Eglise catholique, mais certainement de rÉglise romaine. Quoique quelques zélateurs criassent encore bien fort contre Tarrogance des princes et sur le besoin de réformer les pouvoirs séculiers, la majorité, sur la proposition de Morone, ajourna le plus contesté parmi les canons, le trente-cinquième, jusqu'à une session ultérieure (9 octobre). Surtout on ne voulait pas blesser Tempereur, auquel le pape adressait, vers la même époque, une lettre de remercîments fort chaleureuse, parce qu'il s'était montré prêt à consentir à la clôture prochaine du concile f ).

Si, par cette concession, les légats avaient espéré l'emporter sur le reste des articles de réforme, ils se

(') Lettre de l'archev. r»e Zara au card. Cornaro, 28 octobre, p. 343. (') Raynalm, ad. an. 1563, nr. 87.

(') Raynaldi, ad. an. 1563, nr. 176.

virent bientôt détrompés par Ténergie et la conviction sincère des Espagnols. Si le concile de Trente a été

réellement salutaire à l'Eglise catholique, si Ton y a fait autre chose que de condamner les protestants et de resserrer les liens de la hiérarchie, le mérite en est presque exclusivement aux Espagnols. Les prélats français, au contraire, y jouaient un rôle assez triste. Tandis qu'ils se montraient, depuis la conversion du cardinal de Lorraine, les humbles serviteurs des légats, ils ne réussissaient point à faire revenir à Trente les ambassadeurs de leur roi, qui se trouvaient toujours à Venise. Leur trahison avait donc abouti à mettre le royaume de France en opposition manifeste avec le concile et à rendre bien incertaine l'acceptation de ses décrets par le monarque très chrétien. La conduite des Espagnols était bien autrement énergique et ferme. Lorsque, le 2 novembre, on commença la discussion des articles de réforme, modifiés dans le sens de la réaction romaine par la commission de rédaction, ils se levèrent comme un seul homme contre ces changements qui menaçaient d une dissolution intérieure complète Tœuvre des réformes. L'archevêque de Braga, revenu à ce moment même d'un voyage de Rome, put faire observer que le pape, qui, en effet, se montrait bien plus honnête que la plupart des cardinaux, s'était déclaré dans le sens d'une réforme rigoureuse; qu'il avait dit avoir perdu déjà ainsi deux cent mille ducats par an, mais consentir à perdre plus encore par elle, si cela était nécessaire, et que dans le cas d'une trop grande négligence de la part du concile, il était résolu à effectuer lui-même des améliorations sérieuses et efficaces. L'évêque de Ségovie

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