ORDRES NOUVEAUX : CAMALDULES
signal en fut donne par un ordre d'importance secondaire: celui des Camaldules.
Cet ordre avait été fondé eii 1012 par saint Romuald, à Canialdoli près d'Arezzo en Toscane, comme une subdivision particulièrement sévère de Tordre des Bénédictins. Les Camaldules devaient vivre en ermites, dans dés cellules séparées les unes des autres, et ne se retrouver dans un oratoire commun qu'aux heures de l'office divin. Ils étaient soumis à des jeûnes rigoureux et à des périodes prolongées d'un silence complet. La viande leur était interdite. Mais insensiblement l'observation de ces règles s'était beaucoup relâchée. Ils avaient acquis des propriétés fort considérables. Ils avaient renoncé presque tous, contre rintention et l'esprit de leur fondateur, à la vie érémitique et ils vivaient en commun dans des monastères. (^) C'est Paul Giustiniani, savant théologien, issu d'une noble famille de Venise, qui, entré dans l'ordre à Tâge mûr de 34 ans, entreprit d'y rétablir les institutions de saint Romuald. Il vécut pendant quelque temps avec ses adeptes dans les cavernes de Masaccio,dans l'Etat pontifical, que les Camaldules lui avaient cédées. Bientôt d'autres ermitages se fondèrent sur le modèle de Masaccio. De riches personnages, en entrant dans la nouvelle congrégation, se dépouillèrent de leurs biens en sa faveur. En 1523 Adrien VI lui avait accordé des privilèges sur l'intercession de l'évêque Caraflfa de Chieti, dont nous aurons à parler tout à l'heure; Clément VII surtout l'approuva et lui donna une église près de Masaccio. Après la mort de Giustiniani, arrivée en 1528, le centre de la congrégation
(*) Helyot, Ifistoire des Ordres monastiques, X. V. (Paris 1718) p. 236 ss.
263 ss.
20 ORIGINES DE LA COXTRE-RÉVOLUTrON CATHOLK^LE.
nouvelle fut transfère de Masaccio à l'ermitage du Mont de la Couronne. Les règles de la congrégation du Mont de la Couronne respirent la plus grande sévérité. Aux heures de réunion les moines doivent observer le plus strict silence, sauf deux jours pendant l'hiver et trois jours pendant l'été où on leur permet de converser ensemble. Ils sont obligés de chanter les matines à minuit. Leur nourriture est extrêmement simple. Par le reste Giustiniani s'était conformé à la règle primitive de saint Benoît dans ce sens que ses disciples étaient astreints à un travail manuel pendant une heure par jour. Cette congrégation austère se répandit assez rapidement en Italie, en Allemagne et en Pologne.
Cependant, d'après sa nature même, son influence sur le monde laïque resta à peu près nulle. Ce n'était pas par la claustration totale de quelques individus, saisis de mélancolie ou de mysticisme, qu'on pouvait parvenir à consolider le catholicisme chancelant et menaçant ruine.
Bien plus importante fut en 1 525 la réforme de Tordre des Franciscains introduite par Matthieu de Bassi (^) qui, comme signe extérieur du retour aux observances du fondateur, saint François d'Assise, introduisit pour ses propres sectateurs le capuce long et pointu avec lequel le saint est représenté sur toutes ses images, et qui leur a fait donner le nom de Capucins. Ayant obtenu une autorisation du pape Clément Vil, Matthieu alla prêcher dans la marche d'Ancône, et bientôt il réunit autour de lui trois compagnons. En 1528, le même pontife leur permit de fonder une congrégation particulière, |)ortant
(») HELYOr. t. VIT, p. K)4 ss.
CAPUCIXS. 21
le capuce et la barbe longue et marchant nu-pieds. Ils s'établirent tout près de Camerino. Leur zèle, les con^ versions éclatantes qu'ils firent par leur prédication, les services qu'ils rendirent au peuple à l'occasion d'une maladie contagieuse, leur procurèrent l'estime universelle. Bientôt ils durent fonder des couvents nouveaux pour y héberger la foule de novices qui affluaient chez eux; leur premier vicaire général fut Matthieu de Bassi lui-même. Ce fut encore lui qui leur donna des constitutions, qui les obligaient à la plus grande pauvreté tant à l'intérieur de leurs maisons et églises que dans leur vêtements et leur nourriture. Toutes provisions leur furent absolument interdites: chaque jour ils devaient quêter des fidèles des aumônes en nature pour leur subsistance. Les jeûnes, le silence, la mortification leur étaient recommandés : mais leur but principal n'était pas la contemplation et les exercices religieux individuels, c'était l'activité dans le monde et pour le monde, et surtout l'action sur les classes inférieures.
L'ordre des Capucins tout entier a quelque chose de vulgaire, très souvent même d'assez burlesque dans l'importance qu'il attache à des détails insignifiants, à des formalités ridicules, et dans les moyens dont il s'est toujours servi pour influer sur l'esprit des masses populaires. Mais il serait injuste de méconnaître que, surtout en Italie, les Capucins sont devenus en réalité les amis, les consolateurs, les guides spirituels du peuple, qu'ils lui sont venus en aide dans ses nécessités, dans les famines, les épidémies, les misères de la guerre. La banalité grossière ellemême qui est particulière à cet ordre, l'a rapproché du peuple et lui a assuré une grande influence sur les esprits
simples, rudes, inaccessibles aux raffinements d'une instruction élevée et d'un goût plus développé. Les Capucins, sans aucun doute, ont fait beaucoup pour retenir par toute l'Italie les classes vulgaires dans le dévouement à la religion catholique, dans la fidélité envers la hiérarchie romaine. A ce titre, il faut les nommer parmi les facteurs qui ont fortement contribué à la réforme et à la renaissance du catholicisme.
En même temps que les Capucins donnaient leurs soins au bien spirituel du peuple, une autre communauté religieuse commençait à s'occuper du bien matériel des malheureux.
Jean de Dieu, Portugais, né en 1495 dans la petite ville de Montemayor-el-Nuevo, avait eu une jeunesse fort mouvementée. (^) Il avait abandonné ses parents à l'âge de neuf ans et avait servi tour à tour comme berger, comme soldat, comme boutiquier et comme vendeur d'images. A la fin, quelques accidents qui l'avaient mis en danger manifeste de mort lui inspirèrent le repentir, et il donna des signes tellement publics et exagérés de ses tourments intérieurs qu'à Grenade on l'enferma dans un hospice de fous où le traitement consistait principalement à fouetter les malheureux jusqu'au sang. Apres être sorti de cet asile peu enviable, Jean prit la ferme résolution de se vouer entièrement au service des pauvres. Il y fit preuve de tant de zèle et d'abnégation qu'en 1540 on lui procura les moyens d'arranger une petite maison pour y héberger et y assister les malades indigents. Comme l'archevêque de
(*)Hi:i.YOT, t. IV, p. ISIss. Une biographie de St-Jean de Dieu, par Saglier (Das Lehen des h, yohann vjn Gotiy Ratisbonne 1881) est écrite sans aucune criti<)ue' et aU point de vue exclusif de la théologie catholique.