DIFFICULTÉS SUGGÉRÉES PAR LUNA
du cardinal-neveu, Tordre formel Ç) de terminer le concile le 9 décembre au plus tard et de faire alors partir immédiatement de Trente tous les évéques. Ils réunirent donc chez eux, à la hâte, cinquante des prélats les plus éminents de toutes les nations. Les Français annoncèrent alors que, dans tous les cas, ils quitteraient Trente au commencement de décembre, ** à cause des affaires importantes de leur pays. „ C'était un nouveau coup du cardinal de Lorraine. Nous savons que son roi l'avait chargé de faire discuter sans retard son libelle de réforme, et Charles était sur le point de faire revenir du Ferrier de Venise à Trente, pour insister sur la même question. Dans ces circonstances, le cardinal aurait été dans un grand embarras, obligé de s'opposer ou à son roi ou aux intérêts de la cour romaine, à laquelle il s'était complètement vendu lors de son séjour de Rome. C'est pour sortir de cette impasse qu'il demandait une clôture immédiate. Les évêques français qui savaient que Lorraine recevait les instructions directes de leur cour, le suivirent aveuglement. Les Italiens, cela va sans dire, acceptaient tous les vues des légats, à l'exception de quelques Napolitains, sujets d'Espagne, qui n'osaient pas résister à la volonté du roi catholique et qui demandèrent au moins une prolongation de deux semaines pour pouvoir délibérer plus à fond sur les décrets proposés et sur quelques questions importantes, auxquelles on n'avait pas même encore touché (*). On comprendrait dif-
(') Daté du 18 novembre ; RatnAldi ad. an. 1563. nr. 202, (•) Paleotto, p. 677 s»
ficilement pourquoi les légats ne leur accordaient pas ce court délai, que même l'ambassadeur impérial deman- .dait pour qu'on reformât foncièrement la doctrine des indulgences — si nous ne nous rappelions qu'ils voulaient éviter le retour de l'orateur de France et avec lui de nouvelles réclamations pour la réalisation des exigences françaises.
Cependant Luna n'était pas facile à dérouter. Il assembla chez lui itérativement les évêques tant espagnols qu'appartenant aux possessions italiennes de son maître, pour ne pas laisser, comme il disait, piétiner, par la clôture précipitée du synode, sur l'honneur du roi catholique.
Or, sans la signature des Espagnols on ne pouvait pas, évidemment, clore le concile. Les légats se trouvaient dans l'embarras le plus pénible. Mais la diplomatie romaine ne manquait jamais de resL • urces ingénieuses. Subitement, des dépêches du secrétaire d'Etat, cardinal Borromée, répandirent à Trente la nouvelle alarmante, que le pape était tombé gravement malade et qu'il était à toute extrémité. Quelques-uns racontèrent même qu'il était déjà mort (^). " Je crois qu'il ne s'est jamais porté mieux, „ remarqua, quelques jours plus tard, un des partisans les plus zélés du saint-siège au concile Q. "La nouvelle venait tellement à propos pour amener la fin du synode qu'après l'événement on ne put échapper au soupçon, qu'elle avait été imaginée avec intention. „ Il est clair que la mort du pontife, pendant la durée du
H) NfCOL. PSALMJEUS, p. 133.
(*) Mendoza, p. 168.