‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 204 sur 215 · PRÉTENDUE MALADIE DU PAPE · texte numérisé non relu

PRÉTENDUE MALADIE DU PAPE

concile, aurait causé une grande confusion : les pouvoirs des légats auraient été périmés, quelques prélats auraient essayé d'attribuer au concile l'élection d'un nouveau pape, les Français et les Espagnols auraient renouvelé, en faveur d'une réforme fondamentale, des réclamations qui ne portaient nullement sur les mêmes objets. Pour éviter ces troubles menaçants, presque tous les prélats et ambassadeurs votèrent pour la clôture immédiate. Luna même ne s'y opposa plus que pour la forme. Une assemblée de prélats, convoquée à la hâte le matin du 2 décembre 1563, décida, que la dernière session aurait lieu déjà le lendemain et le surlendemain et qu'on lui soumettrait les décrets sur le purgatoire et l'invocation des saints ; quant à la doctrine, particulièrement difficile, des indulgences, on la remettrait à un temps plus opportun. Il est à peine nécessaire de dire que, ce résultat obtenu, le pape se trouva jouir de la meilleure santé du monde (^).

Et les choses se passèrent ainsi. Seuls, quelques Espagnols et trois Italiens maintinrent leur opposition. On s'embrassa, les larmes aux yeux, pour témoigner sa joie de voir achevée la grande œuvre qui si souvent avait été près d'échouer.

Le 3 décembre, s'ouvrit la neuvième ou vingt-cinquième session. Les deux décrets sur le purgatoire et sur l'invocation des saints passèrent sans débat. Mais quarante pères votèrent contre le quatorzième chapitre du décret disciplinaire sur les prêtres réguliers, quarante

(') Serventio. aide du secrétaire Massarelli, voit naïvement dans cette coïncidence un miracle divin ; DôLLINGER. Zur Gesch. des Konz. v. Trient, t. II, p. 61.

586 VlCTOl&E DE LA CURIE.

firent de même contre la défense de donner des couvents en commende à des séculiers. Les légats, dans leur zèle d en finir, n'eurent aucun égard pour un nombre si considérable de votes négatifs. Us se croyaient, au contraire, libres maintenant de toute crainte. Ils annoncèrent donc aux prélats que, heureuseirient, le pape dont on avait annoncé la mort, se trouvait de nouveau en parfaite santé Q). Le tour était joué.

Le lendemain (4 décembre), de grand matin, la congrégation générale fut réunie encore une fois. Sur les instances des orateurs impériaux et des Français, on proposa hâtivement un décret sur les indulgences, et on le discuta bien vite en y joignant plusieurs autres décrets de moindre importance. Après cela, on se rendit de nouveau à TEglise pour continuer la session publique du 3 décembre. Là on accepta définitivement les décrets sur lesquels on venait de délibérer, et on lut encore une fois toutes les décisions des deux synodes antérieurs de Trente. De cette manière, la grande question : si l'assemblée actuelle était la continuation des réunions précédentes, était enfin vidée dans le sens de l'affirmative, et le point de vue, pour lequel Philippe II avait combattu dès le commencement, était reconnu comme le seul juste. On adopta alors la proposition des légats de prier sa Sainteté de confirmer sans délai toutes les ordonnances du concile. Seul l'intrépide archevêque de Grenade, Guerrero, eut le courage de s'écrier : ** Je ne crois pas nécessaire l'approbation papale ! „ 234 cardi-

(*) Nie. PSALMAEN«. p. 134. — FuRKI.LI. p. 250.

Page 1