‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 209 sur 215 · LA POLOGNE; L'ÉCOSSE ; LA SUISSE · texte numérisé non relu

LA POLOGNE; L'ÉCOSSE ; LA SUISSE

Si nous établissons maintenant le résultat final,nous trouverons que, de toutes les grandes puissances catholiques, l'empereur seul, pour ses pays héréditaires, avait accepté sans limitation les décrets du concile; Tempire et la France les avaient, au contraire, obstinément repoussés. L'Espagne ne les avait reçus qu'à la condition qu'ils ne changeraient rien à l'état de choses existant sur le terrain de la politique religieuse. Si l'on se rappelle que les décisions du synode relatives à la foi et à la doctrine étaient obligatoires pour tous les pays catholiques, on voit que l'acceptation de l'Espagne ne valait pas mieux au fond que le refus de la France et de l'empire. Donc aucune grande puissance, sauf l'Autriche, n'avait souscrit aux tendances hiérarchiques de Trente.

Quant aux Etats de second ordre, Venise suivait l'exemple de l'Espagne; seuL la Pologne et le Portugal se soumirent en tout aux décisions de l'assemblée de Trente. C'était là un résultat assez maigre, et Pie IV n'avait pas de raison de s'en féliciter outre mesure.

Cependant, sur le vaste terrain de la foi, de la doctrine catholique, de l'agencement intérieur de la hiérarchie, le concile de Trente a exercé une influence immense. On peut dire hardiment qu'il a sauvé l'Eglise, et qu'il a donné au catholicisme une constitution et une direction qui le régissent pendant les siècles suivants. Ce fut une véritable transformation et une résurrection de l'Eglise.

Qu'on se reporte un moment à l'époque qui a précédé le concile. Quelle confusion d'idées et de croyances chez les catholiques mêmes ! Ils étaient à peu près unanimes

600 CONSÉ-^UENCES DU CONCILE.

à reconnaître la nécessité absolue d'une réforme religieuse; mais quelle serait cette réforme, et jusqu'où s'étendrait-elle? Cette incertitude menaçait de détruire tout fondement solide de l'Eglise; elle rendait perplexes les âmes des croyants eux-mêmes; elle les ouvrait aux influences protestantes. Qui aurait pu garantir que l'Eglise, réunie en concile général, n'adopterait pas plusieurs des innovations dogmatiques et hiérarchiques que Luther et Zwingle avaient préconisées? On entendait des cardinaux et des prélats énoncer des

maximes qui se rapprochaient beaucoup du luthéra-

nisme. Contarini voulait baser l'Eglise sur le libre usage de la raison influencée par la grâce divine. Pôle et Morone avaient, sur la Justification et la volonté humaine, des idées analogues à celles des réformateurs allemands et suisses. Le pape, ses légats, l'empereur s'étaient montrés à différentes reprises disposés à adopter au moins quelques-unes des doctrines protestantes. Comment la masse des catholiques aurait-elle été moins hésitante que les princes de l'Eglise ? La littérature protestante était aussi nombreuse et aussi active qu'habile et insinuante. Par des milliers d'écrits, depuis le lourd in-folio jusqu'à la feuille volante, depuis le traité latin farci de citations savantes jusqu'au simple discours adressé au paysan, elle s'introduisait dans toutes les classes des populations. Le théologien, le savant, l'humaniste, le bourgeois instruit, l'artisan, le soldat, l'homme des campagnes, chacun trouvait des traités adaptés à sa manière de penser et de sentir, où on lui prouvait la justesse et la vérité des propositions nouvelles ; la bible lui était expliquée en détail dans le sens des

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