FIXATION DES DOGMES CATHOUQUES
novateurs. Le catholique pouvait d'autant plus difficilement se soustraire à Tinfluence de ces argumentations, que les dogmes orthodoxes étaient loin d'être aussi bien exposés et défendus. Même après les premières réunions du concile de Trente, le prédicateur de la cour de Maximilien, fils de l'empereur Ferdinand I*', Jean-Sébastien Phauser, pouvait prétendre de ne pas avoir quitté la foi de l'Eglise catholique romaine, tout en enseignant des dogmes qui ne se distinguaient en rien des doctrines des réformateurs (^).
Mais lorsque les décrets du concile de Trente furent publiés définitivement, cet état de choses cessa. Le catholique sut alors pertinemment quelle était sa croyance et quels étaient ses adversaires. Le doute n'était plus possible. Les longues argumentations qui accompagnaient les thèses du synode œcuménique, lui expliquaient en détail les raisons de sa foi. Il y trouvait un arsenal bien rempli et bien ordonné pour la défense de ses convictions contre les attaques des ennemis. La certitude, l'assurance lui étaient rendues. " Tout principe hardiment posé, tout enseignement qui se fixe, acquiert, par là même, une autorité presque indépendante de la solidité ou de la fragilité des bases, „ dit un historien. (*). L'Eglise avait prouvé qu'elle ne désespérait point de se maintenir contre les assauts formidables des novateurs ; elle avait reconstruit son fier édifice ; aucune pierre ne manquait plus à l'architecture habilement et savamment ordonnée de ce colossal monument. Elle avait entièrement changé d'as-
(') Ed. Reimann. Die religioese EntwickeUing Maximilians ; Hist, Zeitschr. t. XV (1866), p. 15.
(') BuRGEKEF, Histoire du concile de Trente, t. I, p. 170.
pect et les armes du protestantisme s'émoussaient contre ces murs, qui ne montraient plus la moindre brèche où ses ennemis eussent pu rentrer. C'est au concile de Trente que s'arrête le choc, jusqu'alors irrésistible, de la réformation : bientôt la garnison de la forteresse romaine, redevenue nombreuse, courageuse, bien disciplinée, entreprenante, reprend l'offensive et chasse ses adversaires d'un grand nombre de positions où ils s'étaient crus inattaquables. Le protestantisme est repoussé dû midi de l'Europe vers le nord, où seulement il pourra se maintenir. Telle est l'immense importance du concile de Trente pour l'histoire des luttes religieuses du XV? siècle!
C'est pendant les deux premières périodes du concile qu'on dégagea surtout le dogme catholique des opinions protestantes. Dans la dernière, on réorganisa principalement la hiérarchie, ébranlée par sa propre décadence et par les attaques de ses adversaires.
En 1546, 1547 et 1551 la doctrine catholique fut développée de la manière la plus complète. Aucune concession n'y fut faite au protestantisme. L'Eglise ne voulait pas laisser de malentendu. Elle aimait mieux s'aliéner pour toujours les pays du nord, des millions et des millions d'âmes, que de souffrir le reproche d'avoir vacillé dans ses principes dogmatiques. Périsse plutôt la moitié du monde chrétien que de mettre le tout en question, disait le parti qui triomphait à Trente. Ce fut sans doute une amputation douloureuse pour l'Eglise, et nous avons vu qu'un parti assez nombreux parmi les évoques, et même quelques cardinaux, auraient désiré la lui épargner en cherchant à rétablir la paix