FKÈRKS DE LA CHARITE
Grenade s'intéressait à lui, il eut bientôt les ressources nécessaires pour fonder un véritable hôpital qu'il dirigea avec autant d'humanité que d'habileté et d'esprit pratique. Tandis que son hôpital était propre et bien tenu, lui-mc^me se montrait toujours enveloppé de loques hideuses. L'évéque de Tuy lui donna le surnom de Dieu^ pour exprimer sa haute piété et sa bonté inépuisable, et il lui prescrivit ainsi qu'à ses aides, de porter des vêtements convenables et uniformes. Lorsqu'il mourut en 1550 — on l'a canonisé 140 ans après — il n'avait pas achevé d'organiser sa congrégation : mais il avait créé, par son dévouement plein d'abnégation et de sacrifices, par son activité intelligente et énergique, cette admirable institution des Frères de la Charité, un des plus beaux produits et un des plus précieux ornements du catholicisme. Sans le vouloir directement, rien que par l'éclat de leurs humbles vertus, par les services infatigables rendus aux malheureux et aux souffrants, les Frères de la Charité ont fait plus pour la consolidation du catholicisme que cent évèques ou docteurs en théologie. Les malades qu'ils avaient sauves de la mort, les parents et les enfants dont ils avaient soigné les êtres les plus chers, tous ceux enfin qui les avaient vus à l'œuvre, devaient rapporter au catholicisme une partie de la profonde reconnaissance que ces Frères avaient si largement méritée.
Mais toutes ces fondations ne sont pas comparables, (juant à leur efficacité pour la renaissance immédiate du catholicisme, aux ordres de Clercs réguliers qui furent institués à cette même époque. Le premier de ces ordres d'un genre nouveau, d'après le temps, et le second en importance, est celui des Théatins.
Gaétan deThiène, son fondateur,était né vers Tan 1 480(^) a Vicence, d'une famille de la plus ancienne noblesse. Après une jeunesse studieuse, il se rendit à Rome où il fut reçu immédiatement, par le fameux pape Jules II, parmi les Protonotaires participants du saint-siège. Mais il ne resta pas fidèle à cette carrière à moitié séculière et il préféra prendre les ordres en 1516. Bientôt après, en 1 5 19, il se lia intimement avec un certain nombre d'autres prêtres et prélats de la curie romaine, soixante en tout, qui, affligés des désordres de l'Eglise et des commencements de la rébellion luthérienne, formèrent une petite communauté, pour se vouer ensemble aux méditations et aux prières, et pour se préparer à prêcher et à convertir les vacillants et les incrédules. (^) Ils se réunissaient dans la petite église des saints Sylvestre et Dorothée dans le Trastévère. On appelait cette pieuse assemblée, qui se destinait surtout à combattre l'hérésie par des armes pacifiques, l' Oratoire de P Amour divin. Sa renommée parcourut rapidement l'Italie entière, et dans beaucoup de villes on chercha à l'imiter. A Vicence, patrie de Gaétan, il y avait un couvent d'Hiéronymites qui désiraient adopter les usages et les pratiques de l'Oratoire de l'Amour divin. Ils prièrent Gaétan de Thiène de se rendre chez eux dans cette intention; et lui, dévoré depuis longtemps du désir de la vie contemplative, renonça à la haute position qu'il occupait à la cour de Rome, et entra tout à fait chez les Hiéronymites de Vicence (1519). Il y fonda un hôpital. Plus tard, il émigra à Venise
(*) Acta Sanctorum, mens. Aug., t. II. p. 240 ss.
(*) Ant. Caraccioli, Caietani Tfncnaei llta (Cologne 1612), chap. 9. 10.
GAÉTAN DE THlfcNE. 25
OÙ il réforma l'Hôpital nouveau et étonna la ville entière par son zèle pieux et par ses sermons éloquents (|ui raffermirent bien des personnes dans leur fidélité envers la religion catholique. Il fonda de même un hospice à Vérone. "•Je ne cesserai pas, disait-il, de distribuer aux pauvres tout ce que je possède, jusqu'à ce que je sois devenu si pauvre au service du Christ, que je n'aie plus de quoi payer mon enterrement. „ Mais bientôt — et ceci fut le point important — cette piété mystique, exclusivement dirigée vers l'amélioration de la vie privée, fit place à des idées plus pratiques et plus efficaces. Les progrès rapides de l'hérésie avaient fait réfléchir Gaétan sur la cause de la décadence manifeste de l'Eglise; comme tant d'autres, il crut la trouver dans la corruption du clergé séculier, de celui qui était chargé surtout de la cure des âmes et de la direction et consolation des consciences. II résolut donc de remédier à ce mal, en fondant une institution destinée à réformer la vie, les mœurs et l'instruction du clergé de paroisses et à lui rendre les vertus apostoliques de l'Eglise primitive. Rempli de cette grande idée, il revint à Rome pour la réaliser dans la capitale du monde catholique. Il y gagna bientôt un premier compagnon en la personne de son ami Boniface da Colle, jurisconsulte d'Alexandrie en Lombardie, qui, vivant à la cour de Rome, avait pris part autrefois avec Gaétan à la fondation de l'Oratoire de l'amour divin.
Il est douteux cependant que Thiène possédât l'énergie, les capacités intellectuelles et enfin l'influence personnelle suffisantes pour mener sa résolution à bonne fin. Il était fait, l'excellent homme, pour sécher des larmes, pour soigner les malades, pour ramener à la foi
catholique quelques âmes égarées — mais non pour fonder un ordre important.
Heureusement pour son idée, il fit la rencontre d'un prélat, qui plus que lui était à même de la réaliser d'une manière parfaite, et sur une vaste échelle. C'était l'évèque Caraft'a. Q)
Jean-Pierre Caraffa était né en 1476, d'unedes familles les plus illustres du royaume de Naples, qui possédait des fiefs nombreux: duchés, principautés, marquisats, comtés, baronies. L'enfant, très intelligent, se montrant déjà fougueux et passionné dans tout ce qu'il entreprenait, fit d'abord des progrès heureux dans les sciences mondaines. Mais, arrive à l'âge de 14 ans, il prit la résolution de se retirer dans un couvent de Dominicains. Son père, fort ambitieux, l'avait destiné aux grandeurs séculières, ou, du moins, à une haute position ecclésiastique; il l'arracha donc par la force à son asile. Le jeune homme dut se soumettre. Après s'être perfectionné dans l'étude du grec et même de l'hébreu, il partit pour Rome, pourvu de quelques-uns des riches bénéfices ecclésiastiques de sa noble et puissante famille, et il devint protonotaire apostolique en 1503. L'année suivante un de ses parents lui céda l'un des évêchés, qui, se trouvant englobés dans les domaines des Caraflfa, étaient toujours donnés à un membre de cette famille : celui de Chieti ou — avec son nom antique — de Théano. Jean-Pierre avait à Rome un oncle qui était cardinal: tout naturellement, le jeune évêque obtint une grande influence dans la ville éternelle, fit partie des congrégations curiales les plus
(*) Bromato, S/i>ria di Paolo /F, l. I.