LES SÉMINAIRES
vastes diocèses, on devait fonder plusieurs séminaires, mais dépendant tous du séminaire de la cathédrale. — Eh bien, si TEglise catholique actuelle surpasse de beaucoup en doctrine, en dignité, en morale et en influence sur les masses, TEglise des XIIP, XIV® et XV® siècles, le mérite en est, pour la plus grande partie, à ces pépinières de prêtres. D'un autre côté, on ne saurait nier que tout esprit d'indépendance chez les jeunes ecclésiastiques ne fût étouffé par la discipline claustrale des séminaires. Cette éducation les séparait, dès Tâge de douze ans, de tout commmerce et de toute communauté d'idées avec la société civile, et fermait leurs cœurs et leurs esprits à toute autre influence que celle de leurs supérieurs religieux. La stabilité, Tintolérance, le sacrifice de toute volonté propre, Tobéissance aveugle à l'égard de leurs chefs, l'indifférence envers les exigences de l'épocjue où ils vivaient, envers la patrie et ses intérêts — voilà sans doute de graves conséquences de l'institution des séminaires. Mais est-ce que la contre-réforme catholique du XVI® siècle voulait faire du prêtre autre chose que l'instrument aveugle du pouvoir central de l'Église ?
Les réformateurs protestants avaient manifesté un grand zèle pour l'enseignement, qui les avait puissamment servis dans la propagation de leurs idées. Les jésuites les avaient déjà imités sous ce rapport. Le concile reconnut, lui aussi, l'importance que l'éducation de la jeunesse, et surtout celle du clergé, devait avoir pour maintenir le catholicisme au même niveau que celui de la religion nouvelle. En conséquence, il ne se contenta pas de la création des séminaires, il ordonna en outre (sess, VI
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de Réf. c. 1) que dans toutes les métropoles épiscopales et nicme auprès des églises cathédrales, si elles en avaient les moyens, on établît des chaires de théologie et d'arts libéraux. L'Ecriture sainte devait être enseignée de même dans les couvents, sous la haute surveillance de Tcvéque diocésain. Le concile exhorta aussi les princes temporels à fonder des facultés de théologie dans leurs universités. On voulait donner de cette manière au catholicisme les armes intellectuelles, indispensables pour combattre avec avantage Thérésie, supérieure jusqu'alors en érudition et en mérite littéraire.
Si les séminaires devaient servir à élever un clergé mo-
; j rai et docte, le concile ne se fit pas faute de donner, en
[ vue de l'enseignement des laïques, des prescriptions sé-
M vères aux prêtres tant séculiers que réguliers. II insista
fortement sur les devoirs des curés, en leur ordonnant de résider constamment dans leur paroisse, d'enseigner aux enfants les éléments de la foi et de l'obéissance, d'avoir un soin paternel des pauvres et des malheureux, de prêcher eux-mêmes régulièrement. Il attacha avec raison une importance capitale à la prédication. Tous les prélats étaient astreints à cette obligation aussi bien que les curés, et ne pouvaient se faire suppléer qu'en cas d'empêchement canoi nique, par des hommes capables. Dans chaque église il fal-
lait un sermon au moins tous les dimanches et fêtes solennelles. Les prédicateurs étaient soumis à la surveillance sévère de l'évêque (sess. VI de Réf. c. 2). Or, ces i décrets, il faut le reconnaître, ont grandement con-
1 tribué à retenir dans 4a foi de leurs pères les populations
encore catholiques et à combattre l'influence des prédicateurs protestants.