‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 214 sur 215 · LES MŒURS DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

LES MŒURS DU CLERGÉ

Les curés illettrés ou incapables (sess. XXI de Réf. c. 6) devaient être privés par i*évêque d'une partie de leurs revenus, qui seraient affectés à payer un coadjuteur ou vicaire pour les remplacer, sans appel ou exemption admissibles. Les curés qui menaient une vie scandaleuse seraient d'abord admonestés, puis punis, et s'ils persévéraient dans leur mauvaise conduite, privés de leurs bénéfices par Tévêque, sans qu'ils pussent en appeler de son jugement. Mesures sévères qui ne laissèrent pas de porter des fruits excellents, toujours à la condition, il est vrai, d'augmenter l'asservissement du clergé inférieur, sous la domination des évoques et, en dernier lieu, de la curie romaine.

Les monastères n'échappèrent pas non plus à cette réorganisation générale de l'Eglise (sess. XXV de Regularibus et monialibus). Il fut défendu aux moines de quitter leur couvent ou l'habit de leur ordre sans la permission écrite du supérieur. Il furent rappelés à la stricte observance de leurs vœux et règles. Le mobilier du couvent dut répondre, par sa simplicité, à l'état de pauvreté qu'ils professaient. Si leurs supérieurs se relâchaient, la surveillance devait être exercée par Tévcque diocésain. La clôture des religieuses dut être conservée ou rétablie sous les peines les plus sévères et, si cela était nécessaire, à l'aide du bras séculier.

Telle est la grande œuvre de réforme du concile de Trente. De lui date une époque nouvelle pour l'Eglise catholique. Il l'a rempli derechef d'un esprit vraiment religieux et enthousiaste, d'un dévouement sans bornes, d'une haute moralité, d'une ferme confiance dans sa propre perfection et dans le succès de sa cause. Les

anciens abus se perdent de plus en plus, et les populations auxquelles le nom de prêtre même avait été odieux, commencent à voir en lui leur guide spirituel. A la propagande protestante on oppose la propagande catholique, souvent brutale, cruelle, sanglante, mais animée d'une ferme conviction et d'un enthousiasme réel. Les mœurs du clergé deviennent bien meilleures, bien plus sévères. Il regagne ainsi Testime, l'affection, la confiance du peuple. Il devient le conseiller, l'ami, le confident des pauvres et des simples d'esprit, et acquiert sur eux une influence illimitée. Le combat contre l'hérésie envahissante a amélioré et relevé le clergé catholique. L'Eglise elle-même a reçu une grande et salutaire impulsion par suite de la réforme luthérienne. Sans elle, jamais le clergé n'aurait reconquis le terrain qu'il avait perdu depuis deux siècles dans les âmes.

Tout le monde reconnaît désormasis que, pour les catholiques, le salut est dans l'unité, dans la soumission à la grande direction centrale qui réside à Rome. L'inquisition est rétablie aussi en dehors de TE^pagne, les fidèles sont assujettis à une discipline ecclésiastique bien plus rigoureuse, toute liberté dans les opinions ou même dans les cérémonies religieuses est défendue et supprimée. Mais cette résurrection est toute autocratique. Elle eut pour conséquence une plus grande et plus forte concentration des catholiques, au profit de la puissance pontificale, et une recrudescence des passions religieuses. Pendant le XV* siècle, l'intérêt s'était porté plutôt vers l'érudition, vers la connaissance des langues et des arts anciens, vers l'humanisme. Le monde instruit, les classes

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