JEAN-PIERRE CARAFFA
importantes, fut envoyé comme nonce apostolique en Espagne et en Angleterre. Il fut récompensé de ses services par Tarchevéché de Brindisi; mais on continua toujours à rappeler lévêque Thcatin, nom sous lequel il était alors généralement connu.
Après la révolte de Luther, Caraffa devint un des plus ardents défenseurs de la foi catholique. Non seulement il entra avec Gaétan de Thicne, da Colle, Sadolet et tant d'autres dans l'Oratoire de TAmour divin, mais il publia aussi contre Luther des traités théologiques. Son zèle pour une réforme orthodoxe, destinée à combattre avec succès la réforme révolutionnaire du moine de W ittenberg, le recommanda fortement auprès du pape Adrien VI, qui partageait les mêmes sentiments. Il l'attira dans son entourage, et ce fut dans cette position que Caraffa put venir en aide au père Paul Giustiniani, fondateur des Camaldules du Mont de la Couronne. Cependant, Adrien VI mourut bientôt, et son successeur Clément VII soccuppa bien plus des affaires politiques que de la réforme de rÉglise. Caraffa désespéra de pouvoir arriver à des résultats sérieux avec un tel pontife. 11 résolut donc de se retirer dans un couvent pour sauver au moins sa propre âme. Mais il avait beaucoup trop d'énergie, un goût trop vif de la vie active et influente, pour ne pas saluer avec joie, l'idée de son ancien ami Gaétan de Thiène, qui lui promettait d'unir la retraite à un labeur incessant et indépendant en faveur de la réforme ecclésiastique. Il obtint donc de Gaétan, la permission de se joindre à lui.
Le pape, qui l'estimait précisément à cause des qualités qui lui manquaient à lui-même, essaya de le retenir à la
28 ORIGINES DK LA COXTRJ-i-RÉVOLUTION CATHOLIQUE.
cour pontificale. Par un bref du 12 mai 1524, il lui confia «n pouvoir disciplinaire illimité sur tous les prêtres qui séjournaient à Rome. Mais — soit qu'il eût reconnu que son activité monastique serait plus efficace pour la réforme générale et permanente du clergé régulier, soit qu'il crût ne pas pouvoir agir avec une sévérité suffisante dans la position qui venait de lui être transférée, sous un pontife aussi faible que Clément Vil, — Caraflfa resta ferme dans sa résolution. En vain, le pape «lui parla de l'obligation imposée à tout évêque d'être fidèle à son diocèsCj avec lequel il était censé avoir contracté une union mystique qu'on aimait à comparer au mariage. Jean-Pierre importuna tellement Clément VII, qu'il obtint enfin la permission tant de fois demandée. Alors, à la grande stupéfaction des Romains, peu accoutumés à un tel spectacle, il se démit de ses deux évéchés pour travailler, dans une j^auvretc volontaire, à la réformation des prêtres séculiers. Le pape lui laissa au moins la dignité et le titre d'évêque de Théano.
Quel contraste singulier présentaient ces deux hommes qui se liaient ainsi pour une œuvre commune : Jean-Pierre Carafïa et Gaétan de Thiéne ! L'un énergique, dur, violent, actif, rompu aux affaires, aussi prêta détruire qu'a édifier; l'autre, "" qui aux hommes paraissait un ange, à lui-même un ver de terre „, (*) humble, doux, pieux, parlant peu, passant son temps en prières, en larmes, en actes de bienfaisance et de dévouement. Il est évident que dans cette alliance Carafïa, supérieur déjà par la dignité épiscopale, était destiné à devenir supérieur aussi en impor-
(*) Castaldo. ^/Vtf S. Caielani ThUnaei (Rome 1610) ch:ip. 9.
LES THÉATIXS. 29
tance et en influence sur Torganisation et la direction du nouvel institut.
L'idée originale, due sans doute à saint Gaétan, était de former une communauté religieuse, non de moines mais de prêtres, qui vivraient ensemble, qui prononceraient les trois vœux monastiques de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, mais qui célébreraient l'office divin pour le public et administreraient les sacrements comme les prêtres séculiers. C'est pourquoi on donna à cette institution le nom de Congrégation de clercs réguliers. Ils étaient appelés non pas Frères mais prêtres ; le supérieur avait le titre de prévôt et non de prieur ou de gardien (*). Ils portaient une robe noire et une barette au lieu du capuchon monacal. Ils s'étaient affranchis de tous les devoirs de forme, des cérémonies et des exercices (le culte qui prennent aux moines le meilleur de leur temps. Réunis en congrégation dans des maisons communes, ils voulaient travailler ensemble au progrès moral et religieux du monde extérieur. Idée nouvelle alors qui devait donner une grande force à cette congrégation et surtout à ses imitateurs, les Jésuites ! Cependant le véritable but delà congrégation était moins de servir la piété des laïques que de montrer aux prêtres mômes le chemin de la réforme : non par des préceptes qui n'étaient jamais observés, ou des punitions qui étaient bientôt oubliées, mais par le prestige de la perfection que renouvellerait la force irrésistible du bon exemple. Enfin Caraflfa, (jui au fond était extrêmement ambitieux, désirait faire de sa congrégation une pépinière
(^) lÎROMATO, t. I p. 106 SS.
d'évêqucs et de hauts dignitaires ecclésiastiques. En effet, des prêtres formés à cette école sévère et salutaire, ne seraient-ils pas les plus aptes à administrer des diocèses, à forcer le clergé subalterne de suivre leur propre exemple et celui de la congrégation entière } Une règle qui avait l'air d'être le résultat de Textrême humilité et d'un mépris complet pour les choses de ce monde, donna ainsi dès l'origine à cette institution un caractère aristocratique. On lui interdisait non seulement toute propriété individuelle et collective, mais aussi de mendier des aumônes qu'il fallait attendre, au contraire, de la bienveillance spontanée des fidèles. Dans de telles conditions il est évident que l'institution aurait été en danger continuel de voir mourir de faim tous ses membres, s'ils n'avaient pas appartenu à des familles riches qui pouvaient et voulaient suffire régulièrement à leur entretien. En effet, l'ordre des Capucins, démocratique dans tous les sens, avait dû agir bien autrement: s'interdisant également toute propriété, il avait cru indispensable de la remplacer par la mendicité régulière et systématique. — De même Caraffa, issu d'une des plus illustres familles de l'Italie, répugnait à une grande extension numérique de son ordre et voulait faire un triage sévère pour les admissions. (^) II arriva à ses fins, et sa congrégation ne fut à peu près composée que de fils de familles nobles. Ceux-ci, en leur double qualité de gentilshommes et de membres d'une congrégation qui bientôt jouit d'une grande autorité, dédaignaient d'accepter des paroisses et ne sortaient de la compagnie que pour être
(*) JUi/râ de Caraffa a Silvago^ '533^ <^^ilée par Dromato 1. 113.