LOYOLA A PARIS
ces agitations de Loyola et crut trouver en lui un disciple des Illuminés, secte gnostique qui, à cette époque, s'était montrée en différents lieux de TEspagne. Ignace fut emprisonné deux fois par le St-Office, à Alcala pendant 42 jours, à Salamanque pendant trois semaines. On se convainquit de son innocence, mais on lui enjoignit d'étudier la théologie pendant quatre ans avant d'enseigner la religion ou de prêcher. Loyola ne vit dans ces déboires que des épreuves que Dieu lui faisait subir pour le préparer de mieux en mieux à son rôle d'apôtre. Ils le dégoûtèrent néanmoins de sa patrie, car il résolut de la quitter pour 8e rendre à Paris. Où, en effet, aurait-il mieux pu acquérir les connaissances approfondies qu'on exigeait de lui, qu'à Paris, en fréquentant la Sorbonne, la faculté la plus estimée du monde chrétien } Il espérait aussi trouver plus facilement dans cette grande ville et parmi cette nombreuse jeunesse universitaire des compagnons pour réaliser son dessein de fonder une communauté, en vue de la conversion des païens et des hérétiques. Après avoir fait tout ce long voyage à pied, au milieu de l'hiver, il arriva à Paris le 2 février 1528 0.
Les exigences de T Université de Paris étaient plus grandes que celles des écoles d'Espagne. Loyola dut reprendre ses études, au collège de Montaigu, dès le commencement et passer encore une fois par les classes de grammaire et de philosophie, avant de pouvoir se remettre à la théologie. Quelle sombre et grandiose énergie de la part d'un homme de presque quarante ans, de se placer à côté des enfants pour apprendre les
(*) Voir la lettre de I-royola à Agnès Pascoala, 3 mars 1528; dans Genelli (Traduction fran<;aise par Sainte-Foi) Paris 1857, t. I, p. 150 s.
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éléments des sciences! Les leçons d'Alcala et de Salamanque n'étaient pas perdues pour lui : il força son enthousiasme religieux à se taire et s'adonna tout entier au travail journalier. Les biographes d'Ignace, pour rehausser le mérite du saint, ont prétendu que, dépourvu de tout moyen d'existence, il avait été obligé de mendier son pain aux portes des maisons. Mais ses lettres prouvent jusqu'à l'évidence, qu'il fut régulièrement assisté par ses amis, et surtout ses amies de Barcelone, et qu'il ne se lassa point de leur demander de nouveaux dons, non-seulement pour vivre, mais aussi pour payer les frais des grades académiques qu'il prenait. T) Pendant les vacances, il allait régulièrement dans les différentes villes de Belgique (*) et même jusqu'à Londres, moins
(*) II écrit à Elisabeth Roser, de Barcelone, le 10 novembre 1532 : " J'ai reçu par le docteur Benêt trois lettres de votre main et vingt ducats. „ Le 13 juin 1533 il écrit à Agnès Pascoala: "Il y a déjh un an <]ue je reçus une lettre de vous par le docteur Benêt en même temps que les aumônes et les provisions qu'il m'a apportées de Barcelone.... Quoique j'aie répondu h votre lettre, j'ai voulu néanmoins vous écrire celle-ci. parce que je sais que vous le désirez, et pour me procurer les moyens de faire dans mes études plus de progrès que je n'ai faits jusqu'ici; car j'ai reçu ce carême le titre de magisUr, et j'ai été forcé de dépenser en cette circonstance plus que je ne voulais et je ne pouvais.... C'est pour cela que j'écris h la Cépilla qui, dans une lettre qu'elle m'a adressée, m'a proposé de me soutenir de tout son pouvoir, en me priant de lui dire ce dont j'ai besoin. J'écris aussi h Elisabeth Roser.... qui a fait pour moi plus qu'elle ne pouvait.... La femme de Gralla m'a promis plusieurs fois de me soutenir pendant mes études, et elle l'a toujours fait aussi. Il en est de même de Da. Elisabeth de Sosa et de Da. Aldonza de Cordova, qui m'ont également secouru. Veuillez me rappeler à. leur souvenir. Je pense toujours que si la Gralla connaissait mon besoin, elle voudrait contribuer aux aumônes que l'on me fera. Arrangez l'affaire avec elle et les autres comme vous le jugerez convenable. „ — Cette deniière lettre prouve que St-Ignace, loin de se contenter d'aumônes fortuites, savait très bien exploiter ses bienfaitrices, non-seulement pour ses dépenses nécessaires, mais aussi pour ses dépenses de luxe. Le ton de ces lettres est remarquablement sec, entièrement d'affaires et montre peu d'enthousiasme religieux.
C) Conf. MS. Hisioria breviter compUctcns initium ac progresmm Soc, fetti in civit, Antverp. (Bruxelles, Bibl. de Bourgogne) : Ciim R. P. Jacolïus