‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 30 sur 215 · PREMIERS DISCIPLES DK LOYOLA · texte numérisé non relu

PREMIERS DISCIPLES DK LOYOLA

pour recueillir des aumônes, que pour solliciter des pensions régulières.

De cette manière il vivait assez largement, et pouvait toujours penser à son véritable but, qu'il comprenait plus clairement de jour en jour, de fonder une communauté, un ordre nouveau pour la propagation de la foi. Il y engagea d'abord son camarade de cellule au collège de S*^ Barbe: le Savoyard Pierre Le Fèvre qui de berger était devenu étudiant en théologie; puis, son compatriote François Xavier de Pampelune, homme de grande naissance et de beaucoup de qualités intellectuelles, qui était déjà professeur de philosophie au collège de Beauvais, et qui renonça à une position ecclésiastique et mondaine considérable, pour suivre le sort de son ami. Dan;? cette occasion Ignace fit preuve de sa grande habileté à traiter et particulièrement à s'attacher les hommes. Il gagna Le Fèvre en lui venant en aide dans ses besoins matériels ; et Xavier, en lui procurant des auditeurs pour ses premiers cours, objet principal de l'ambition d'un jeune professeur. Q Ainsi il s'insinua dans leur confiance et captiva leur cœur. Puis il commença à les travailler, pour leur inspirer de plus en plus l'enthousiasme qui remplissait son âme. Ils finirent par prendre feu. Alors il les soumit à de sévères exercices spirituels, aux jeûnes et aux souffrances, et s'en fit ainsi des instruments dociles. Ce premier succès obtenu, il employa

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(•) Orlandino, I. I, cap. 79. 85, p. 22. 23. — Bobadilla fut gagné d'une manière presqu'identique h celle qu'Ignace avait employée pour recruter I^eFèvre.

48 LA FONDATION DE L'ORDKE DES JÉSl'lTES.

les ressources pécuniaires qu'il avait su se procurer, à se concilier un nombre plus grand de ses compatriotes. Jacques Lainez, d'AImanza, Alphonse Salmeron, de Tolède, Nicolas Bobadilla, tous jeunes gens pauvres, entrèrent dans ce petit cercle, et avec eux le Portugais Simon Rodriguez d'Azevedo.

Enfin Loyola atteint son but: le 15 août 1534 ses compagnons fondent avec lui le nouvel ordre, en se vouant, dans l'Eglise S^^' Marie sur les hauteurs du Montmartre, à la chasteté, à la pauvreté et à une croisade spirituelle en Palestine, pour la conversion des Musulmans et pour le service des chrétiens pauvres de la Syrie. Dans le cas où ce dernier vœu ne serait pas réalisable, ils promettaient de se placer entièrement à la disposition du souverain pontife pour être employés par lui où et comment il le voudrait, sans aucune condition ni rémunération. Le véritable but de leur union restait donc encore assez indéterminé. Deux Français, Jean Codure et Brouet, et le Savoyard Claude Le Jay, s'associèrent bientôt à la petite troupe.

Telles sont les origines obscures et niodestes de l'ordre des Jésuites!

Les premiers associés terminèrent d'abord tranquillement leurs études; puis ils se séparèrent, en 153v5, en se donnant rendez-vous à Venise pour le commencement de l'année 1537. Loyola retourna en Espagne pour régler ses propres affaires de famille et celles de ses amis. Là il distribua ses propriétés aux pauvres et aux fondations pieuses et étonna le peuple par sa prédication enthousiaste et par l'austérité de sa vie. Puis, à l'époque fixée, les dix amis se retrouvèrent à Venise.

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