LOYOLA A VENISE
Ils s'y heurtèrent à de nouveaux obstacles. Une guerre qui venait d'éclater entre la République de Venise et l'empire ottoman rendit impossible pour le moment leur dépail pour TOrient. Loyola fut encore une fois accusé d'hérésie, et il ne s'en tira qu'avec grande difficulté Q. II commençait à renoncer à ses premières résolutions : il voulait attendre encore une année dans les États de Venise, pour s'assurer si lui et ses compagnons trouveraient moyen de se rendre en Terre Sainte; si non, ils décideraient d'y reconndtre la volonté divine qui leur destinait un autre champ de travail. Ignace, en effet, ne tarda pas à trouver à Venise son but véritable et définitif.
Par les soins d'un riche sénateur, Jérôme Miani, des hospices nombreux avaient été fondés dans les grandes villes de la république vénitienne et placés sous la direction des Théatins. Caraffa lui-même, qui depuis le sac de Rome en 1527, avait fixé son séjour à Venise, surveillait ces institutions. Ignace alla habiter la maison des Théatins et s'adonna avec toute l'ardeur de son caractère au service de leurs hôpitaux. Là il se persuada que l'objet de cette communauté était la véritable mission d'un soldat de Dieu : surtout la prédication, la lutte contre l'hérésie et l'enseignement. Mais les limites restreintes que Caraffa avait établies pour sa congrégation, qui, au fond, n'était destinée immédiatement qu'à régénérer le haut clergé, lui paraissaient trop étroites. Il eut là-dessus avec l'évêque napolitain. des discussions de plus en plus vives qui, à la fin, amenèrent une rupture, presqu' inévitable, il est vrai, entre ces deux caractères de feu, ces hommes ambitieux et dominateurs, appartenant en outre à des
(') RlBADlNEIRA, AA. SS. >/. VII, 691.
r)0 LA FONDATION 'DE l/OKDRE DES JÉSUITES.
nations qui se haïssaient profondément. Ce qui n'empêcha pas Loyola d'emprunter aux Théatins Vidée fondamentale et bien des traits caractéristiques de son ordre.
Comme à l'ordinaire, les biographes de Loyola se taisent soigneusement sur un détail qui est parfaitement prouvé par les lettres du saint : c'est qu'il continua à jouir, durant son dernier séjour de Venise, des envois d'argent de ses dévotes amies et des hommes pieux dont il avait su captiver la faveur pendant ses années d'étude en Espagne. Il dit lui-même, " que l'état de sa santé ne lui permet plus de supporter la pauvreté et les fatigues physiques (^). ^ Il faut donc rabattre beaucoup des éloges de pauvreté volontaire et d'abnégation complète, que les historiens jésuites accordent si généreusement à leur patron, qui, au contraire, savait très bien concilier la prudence et même la ruse du monde avec son zèle pour le ciel.
Pendant ces événements, la plupart des compagnons de Loyola avaient entrepris un voyage à Rome pour demander au St-Père l'autorisation de se rendre en Palestine et d'y réaliser la mission qu'ils s'étaient donnée. Introduits auprès du pape par l'ambassadeur impérial, Pierre Ortiz, ils obtinrent facilement de Paul 111 ce qu'ils avaient espéré, et plus encore ; car Sa Sainteté leur octroya gracieusement la permission de se faire ordonner prêtres par quelque évêque qu'ils voudraient, et leur donna plusieurs fois des sommes considérables. Lorsqu'ils furent revenus à Venise, Ignace et tous ceux de ses compagnons qui n'étaient pas encore prêtres, reçurent les ordres (juin 1537).
(*) Lettre h Caz»inder. du 12 février l."S36. Menchaca. RpisloUie Sapicti Ignatii (Pologne 1804) I 2.