‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 32 sur 215 · LA COMPAGNIE DK JÉSUS · texte numérisé non relu

LA COMPAGNIE DK JÉSUS

Ils commencèrent alors à prêcher dans les rues. Malgré l'extrême étrangeté de leur costume: — ils étaient à peu près couverts de haillons — de leur mine : — ils étaient presque tous exténués de jeûnes et de mortifications volontaires — et de leur langage : — ils parlaient un mélange d'espagnol et d'italien — ou peut-être à cause de toutes ces choses étranges, ils produisirent une profonde impression sur le peuple et eurent beaucoup de succès. Leur vie austère, vraiment exemplaire, y était probablement pour beaucoup.

L'année d'attente écoulée, ils ne trouvèrent encore aucune occasion favorable pour aller en Orient. Il est permis de supposer qu'à cette époque Ignace et ses amis n'y tenaient plus sérieusement, — car avec leur volonté ferme, ils auraient certes réussi à arriver jusqu'en Palestine. Mais les tendances mystiques et vagues jusqu'alors de Loyola avaient pris enfin une forme déterminée et définitive. On résolut de se rendre de nouveau à Rome (automne 1537) par des routes diverses et de penser, chemin faisant, chacun pour son propre compte, à l'organisation du nouvel ordre. Ce fut Ignace lui-même qui inventa le nom qui fut adopté définitivement pour la société. En partie pour empêcher celle-ci d'être appelée de son propre nom, en partie pour la rattacher à ses anciennes imaginations, idées et fantaisies militaires, il résolut de la baptiser la Compagnie de yésus — ** comme une cohorte ou une centurie réunie pour combattre les ennemis spirituels „ , " comme hommes dévoués corps et âme à notre Seigneur Jésus-Christ et à son véritable et légitime vicaire sur terre. „ (^) — Plus

(') Delibtratio primorum patrum; AA. SS. Jul. VII 463.

52 LA FONDATION l>E l/ORDRE DES JÉSUITES.

tard, il est vrai, les jésuites ont prétendu que Jésus avait été leur véritable fondateur et qu'ils avaient eux-mêmes parfaitemer^t renouvelé la vie des apôtres et de leurs disciples immédiats. (^) Mais ce sont là des explications mystiques et surtout orgueilleuses qui n'ont évidemment aucune valeur historique.

Toute l'activité future de la Compagnie de Jésus est déjà contenue dans ce nom fier et hardi et dans l'explication que les fondateurs de cette société en ont donnée. Son caractère militant, aggressif, s'y exprimait clairement et en même temps la prétention d'être les véritables représentants de Jésus et de son Eglise. C'était une institution comme il n'en existait pas encore dans l'Eglise catholique.

Il n'est donc pas étonnant qu'au commencement Loyola et ses amis aient trouvé un accueil peu avenant dans la ville éternelle, où Ton se montra surpris, inquiet de cette poignée d'hommes remplis de tant d'arrogance. On y flairait l'hérésie.

Ignace arriva à Rome vers la fin de l'an 1537. Comme autrefois, lui et ses compagnons rencontrèrent immédiatement beaucoup de bienveillance auprès du pape Paul III, qui dans cette occasion se montra plus perspicace pour les intérêts de l'Eglise que la plupart des prélats romains. (^) Le pape accorda à deux des adeptes de Loyola des chaires de théologie à la Sapienzay l'Université de Rome ; et sur son ordre l'évêque gouverneur

(*) Imago primi sacculi Soc. Jesu (Anvers 1640) p. 64.

(*) Voir la lettre de Loyola à Elisabeth Roser, du 19 décembre 1538 ; chez Genelli.

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