LOYOLA ACCUSÉ A ROME
de la ville leur donna à tous la permission de prêcher. Le peuple, plus facile à enthousiasmer et à entraîner que les grands, accourut en foule auprès des Loyolites, qui par leur prédication et leur enseignement zélés, par les soinsdonnés aux malades, exercèrent sous peu une grande influence. Mais bientôt des adversaires dangereux se levèrent contre eux de tous côtes. Ce fut un véritable complot qui les poursuivit pendant huit mois, de mars jusqu'en novembre 1538. On les calomnia d'abord dans les hautes régions de Rome ; puis, on les accusa ouvertcment d'hérésie et de séduction du peuple. Un certain nombre de cardinaux mêmes prirent fait et cause contre Ignace et les siens. Un de ces princes de l'Eglise alla jusqu'à défendre à l'hôte de Loyola de l'héberger plus longtemps.
Tout autre se serait découragé. Ignace resta inébranlable. Il rendit des visites aux cardinaux, et l'énergie de son maintien, l'enthousiasme de ses paroles impressionnèrent vivement les esprits. 11 sut se procurer des documents qui jetaient une lumière peu favorable sur ses accusateurs. Il trouva des témoins de ses anciens procès et acquittements en Espagne et à Paris. Il écrivit aux villes et princes d'Italie, auxquels ses compagnons s'étaient fait connaître autrefois par leur activité religieuse, et il en obtint de chaleureuses recommandations. Ainsi ses accusateurs furent confondus et durent se taire; mais, comme c'étaient des gens riches et influents, les juges voulurent assoupir l'affaire et refusèrentde prononcer une sentence formelle, d'après ce que Loyola exigeait pour fermer la bouche pour toujours à tous ces calomniateurs, et pour obtenir une reconnaissance officielle de
son innocence et de son orthodoxie. (^) Afin d'y arriver il s'adressa au pape: d'abord par des amis, puis en y allant lui-même, hardiment. Il eut avec le pontife un entretien d'une heure entière qui lui donna plein succès, car il gagna totalement en sa faveur l'esprit de Paul III. Sur Tordre du Saint-Père, le gouverneur de Rome commença une enquête nouvelle qui se termina par une sentence des plus honorables pour Ignace et ses compagnons, (1 8 novembre 1538.) Ce jugement qui louait fort la sainteté de leur vie et de leurs doctrines, produisit à Rome une impression profonde, qui fut augmentée encore par des circonstances ultérieures, car le pape lui-même leur confia l'instruction religieuse de la jeunesse dans plusieurs écoles nouvellement fondées par lui dans sa capitale. Et puis dans une famine qui, pendant l'hiver de 1538 à 1539, ravagea" la ville éternelle, ils déployèrent une activité admirable, pleine d'abnégation, qui leur concilia de nombreuses sympathies.
Ces événements leur avaient attiré beaucoup d'auxiliaires, de sorte qu'ils purent songer à organiser définitivement leur société. A leurs deux vœux antérieurs, de chasteté et de pauvreté, ils en ajoutèrent un troisième, celui d'obéissance, mais d'une obéissance bien différente de cellequis'observait dans les ordres monastiques. L'esprit militaire qui, à tant d'années d'intervalle et après tant de métamorphoses, n'était pas encore éteint chez Loyola, lui faisait considérer l'obéissance stricte, absolue, indiscutable, comme la première des vertus. Tandis que dans les autres ordres, on ne nommait le général que pour quelques années
(') Lettre de Loyola à Contarini, 2 décembre 1538; Menchaca, 1, 7.