LE VŒU DE L'OBÉISSANCE
et SOUS de certaines restrictions, les jésuites résolurent de choisir le leur à vie et de lui confier un pouvoir illimité. Il devait, comme ils le disent dans leur première supplique au pape, "* distribuer d'après son bon plaisir les grades et les fonctions, établir les constitutions avec Tavis du conseil des membres, mais posséder à tous les autres égards le commandement absolu. Ses subordonnésdex aient vénérer en lui le Christ comme présent et personnifié dans le général. „
C'était là presque ériger un nouveau pape à coté du souverain pontife. Mais celui-ci n'avait aucune raison de jalouser ou de craindre le général des jésuites: car aux trois vœux ordinaires, ils en ajoutèrent un c|uatrième : celui " de consacrer leur vie au service continuel de Jésus-Christ et des papes, de comfiattre sous la bannière de la Croix, de servir exclusivement le Seigneur et le pontife romain comme vicaire de Dieu sur terre, de telle sorte qu'ils fussent obligés d'exécuter, autant qu'il leur serait possible, immédiatement et sans aucune hésitation ou excuse, tout ce que le j)ape actuel ou plus tard ses successeurs leur commanderaient pour l'utilité des âmes ou pour la propagation de la Foi, et cela dans toutes les provinces où ils voudraient les envoyer, tant chez les Turcs ou tous autres infidèles, même dans les Indes, que vers les hérétiques, schismatiques ou fidèles quelconques. „
Loyola réunit en cinq chapitres ces résolutions et les fit présenter à Paul 111 par le cardinal Contarini, avec prière de les confirmer (sept. 1539 (^).
Qu'on se rappelle maintenant la situation de la papauté en 1540. En Allemagne, l'hérésie s'étendait avec une
(') Lettre du card. Contarini à /.oyola, 3 Sfpl. 153^; (jKNELLI.
56 hX FONDATION DK l/ORDRK DKS lÉSUfTKS.
rapidité inouïe. En PVance, en Pologne, en Espagne, dans l'Italie mCme, Luther avait gagné de nombreux partisans. Les pays Scandinaves et l'Angleterre avaient déjà quitté le giron de l'Eglise romaine. Les catholiques mêmes, ceux qui étaient encore restés fidèles, faisaient une opposition violente à la curie et àses abus, l'attaquaient et la blâmaient. L'Empereur demandait avec énergie une reforme totale» qui menaçait de dépouiller le saint-siège d'un grand nombre de ses privilèges les plus productifs. La situation semblait vraiment désespérée pour la papauté ! Et voici qu'une troupe d'hommes ardents, belliqueux, dévoués, offrent au souverain pontife une obéissance aveugle et en même temps une lutte à outrance pour sa grandeur et son autorité ! Cela paraissait presque trop beau pour y croire. En vain Paul III avait-il été dès l'origine favorable à leur demande d'autorisation, parce qu'il pressentait la puissance qu'une telle société pouvait acquérir et employer pour le plus grand profit de Rome. * Le doigt de Dieu est là, „ avait-il dit, selon la tradition. L'usage de la cour de Rome exigeait (ju'il confiât à une commission dé trois cardinaux le soin d'examiner les constitutions sommaires des jésuites. Ces trois cardinaux se montrèrent franchement hostiles à l'entreprise de Loyola. Le plus influent parmi eux, Guidiccioni, était un adversaire déclare de tous les ordres religieux qui, disait-il, avaient causé à l'Eglise plus de désordres et de scandales (jue d'utilité. Fonder une nouvelle société de ce genre, c'était, d'après lui, s'exposer à la voir dégénérer l)ient6t, comme les autres, et produire des maux nouveaux. 11 ne voulait [)as même lire les Institutions desjésuites.Quandonle pressa de sedécider, il tonnacontre le nombre toujours croissant de nouvelles congrégations.