‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 41 sur 215 · LES JÉSUITES ET L'ITALIE · texte numérisé non relu

LES JÉSUITES ET L'ITALIE

Comme Paul III lui-même, son fils et ses petits-fils qui régnaient à Parme, favorisèrent beaucoup la nouvelle société. Les princesses de cette maison de Farnèse se montraient disciples fidèles de Loyola et se soumettaient aux exercices spirituels qu'il avait imaginés. Lainez, d'autre part, se rendit à Venise, ville infestée alors, par suite de son commerce et de la foule d'étrangers qui y affluaient, de toutes les sectes hérétiques. Il y obtint des succès oratoires fort considérables. Un Lippomano, appartenant à une des grandes familles patriciennes de Venise, rendit possible aux jésuites, dès 1542, le séjour en cette ville. Ils s'introduisirent de môme dans un certain nombre de villes qui dépendaient de la république de Saint-Marc. Lippomano leur céda aussi un prieuré qu'il possédait à Padoue, de sorte qu'ils purent y fonder un collège et y exercèrent bientôt une influence marquée sur l'esprit de sa célèbre Université. En 1544, Lainez se trouvait à Brescia où il luttait contre les fauteurs de la Réformation. — Dans la Valtellinc, soumise aux Grisons hérétiques, on envoyait, en 1552, un jésuite chargé de maintenir les populations dans la foi catholique.

On les rencontre de même dans l'Italie centrale. A Fulgino, ils instruisent les prêtres ignorants. A Plaisance et à Modène, ils combattent les tendances schismatiques et tâchent de rétablir l'orthodoxie romaine. Ces hommes habiles s'adressent partout à l'aristocratie et aux riches ; car s'ils veulent bien servir la papauté et l'Eglise, ils songent en même temps à se procurer l'argent qui donne le bien-être et la puissance. A Montepulciano, près de Sienne, les membres de l'aristocratie locale parcourent avec eux les rues et frappent aux portes des maisons pour leur

procurer des dons de toute espèce. A Faênza, près de Ravenne, ils deviennent tout puissants, se font les conseillers de la population entière, fondent des sociétés de bienfaisance qui servent aussi à consolider leur propre domination. Ils y détruisent complètement l'influence luthérienne développée par le fameux capucin Bernard Occhino. A Ferrare, un autre des premiers compagnons d'Ignace, Le Jay, sape les idées luthériennes favorisées par la duchesse Renée, fille de Louis XI 1 de France. En 1546, ils établissent un collège à Bologne.

Ils ne négligeaient pas non plus l'Italie inférieure. Salmeron amena un certain nombre de jésuites à Naplcs où ils furent accueillis avec empressement et comblés de dons par la noblesse. De là ils se répandirent avec une rapidité étonnante dans tout le royaume de Naples et de Sicile.

A Rome même, Ignace fonda la première résidence de son ordre en 1550; il la destina à devenir la maisonmère de sa Compagnie. C'est le Co//egium romanuvi. On y enseignait la théologie scolastique, la théologie morale, rKcriture sainte, le latin, le grec, l'hébreu, d'après les méthodes de l'Université de Paris, dont on tirait la plupart des professeurs. En 1555, il sortait déjà du collège romain une centaine d'élèves pour se disséminer dans les différents Etats de l'Europe. En 1 557, Loyola acquit le palais Salviati, sur l'emplacement duquel se trouve encore aujourd'hui le Gesù, Bientôt les cardinaux et les docteurs suivirent avec empressement les cours du collège qui prit une importance extrême dans l'Eglise catholique entière. — Rome devint aussi dans un autre sens le centre des travaux des Lovolites. Comme

COLLEGIUM ROMANl'M ET COLLEGIUM GERMANICL'M. / 1

l'Allemagne était à cette époque le foyer des idées de réformation religieuse , Ignace tenait surtout a les combattre dans leur pays natal, et par des Allemands mêmes. C'est -pourquoi, en 1552, il conçut le dessein de fonder à Rome un Collège germanique, où des jeunes gens de cette nation seraient élevés pour le service de Tordre des jésuites. Le pape Jules 111 et trente-trois cardinaux, enchantés de cette idée, s'empressèrent de souscrire pour une somme de plus de 3000 écus d'or par an, ce qui équivalait à peu près à 300,000 francs d'aj^rès la \ aleur actuelle de l'argent. Le 31 août 1552, le Colleginm germanicum fut approuvé par une bulle du souverain pontife. Les élè\ es avaient à signer une profession de foi et, au bout d'un temps d'épreuve, à s'engager sous serment à se conformer à la volonté du pape, aussi bien pendant leur séjour au collège qu'après leur sortie. Ce collège germanique devait servir, par son règlement, de modèle aux séminaires épiscopaux institués par le concile dcTrente. La première année, il comptait déjà 22 élèves, la seconde 25. On lui adjoignit un institut pour l'instruction des jeunes gentilshommes, sur lesquels Loyola avait toujours et partout des visées particulières.

Bref, dans 1 Italie entière, nous voyons les jésuites s'introduire, s'emparer de la haute direction des affaires religieuses, fonder des maisons, acquérir de grandes richesses, organiser des écoles, combattre avec succès les idées luthériennes, s'appuyer de préférence sur la noblesse, qui pouvait et devait évidemment leur être plus utile que le menu peuple.

En 1548, le pape Paul III, dans la bulle Pastoralis

officii cura, (^) porte sur leur société un jugement des plus favorables. " Nous avons, dit-il, des égards bien mérités pour les riches fruits qu'Ignace et la Compagnie fondée par lui ne cessent de produire pour l'Eglise de Dieu dans tous les pays. „

Bientôt, on les voit prendre l'offensive contre les Etats hérétiques. Deux de leurs pères, Salmeron et Pasquier^ Brouet, furent envoyés par le pontife, avec l'assentiment formel de Loyola, en Irlande, en qualité de nonces du pape, pour y fortifier les catholiques contre les persé-^ cutions de Henri VIII d'Angleterre. Sous un déguisement, dénués de toute ressource, les deux intrépides jésuites pénétrèrent dans l'Irlande, dont ils ne comprenaient pas même la langue. Traqués comme des fauves par les fonctionnaires et partisans du roi, bravant mille dangers, cachés dans les cabanes des pauvres, ils parcoururent l'île en encourageant les fidèles et en les organisant le mieux possible. Mais le pape reconnut qu'il exposait CCS deux jésuites à une mort certaine, sans pouvoir espérer de leur dévouement un grand fruit, et il l'es rappela à Rome.

Il s'agissait avant tout d'organiser l'ordre dans les pays encore catholiques pour l'étendre et l'agrandir et en même temps pour étouffer dans ces pays les germes de l'hérésie. Cependant Loyola et les siens ne trouvaient pas partout chez les souverains et les peuples le même accueil enthousiaste qu'en Italie.

Charles-Quint, ennemi de l'influence papale, ne se

(*) Voir les dilTércntes éditions des Excrcitia spirihtalia lA)yolae, Introduction.

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