‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 42 sur 215 · LES JÉSUITES ET L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

LES JÉSUITES ET L'ESPAGNE

montrait nullement favorable aux jésuites. Leur dépendance complète, exclusive, du saint siège était contraire à toutes ses idées sur l'influence nécessaire des grands princes dans TEglise, contraire à sa résolution de ne souffrir dans ses Etats que des institutions dépendantes du monarque. En outre, les dominicains qui possédaient, en leur qualité d'Inquisiteurs officiels, une puissance énorme dans l'Espagne d'alors et étaient favorisés systématiquement par la royauté, résistaient de toutes leurs forces au développement d'une société qui, comme ils le craignaient non sans cause, menaçait de les priver en grande partie de leur position prépondérante. On leur reprochait d'admettre dans leur compagnie beaucoup de nouveaux chrétiens, descendants de juifs, et ce genre d'hommes était odieux et suspect à tous les vieux chrétiens, à tous les vrais Castillans. Melchior Cano, le plus célèbre des théologiens dominicains, était l'adversaire acharné des jésuites, et il les comblait d'invectives, les-accusant d'être les précurseurs de l'Antéchrist. 11 alléguait comme preuve victorieuse de sa thèse le fait qu'Ignace ne faisait point de miracles, comme les fondateurs des ordres franciscain et dominicain en avaient fait de leur vivant, parce qu'ils étaient en réalité les envoyés de Dieu. Les Universités de Salamanquc et d'Alcalà se prononcèrent contre eux. Don Martinez Siliceo, cardinal-archevêque de Tolède, primat des Espagnes, interdit, sous peine d'excommunication, à tous ses diocésains de se confesser k] eux, et à son cierge dentrer en relation avec les jésuites. A Saragossc capitale d'Aragon, le vicaire-général les frappa d'excommunication, et souleva le peuple contre ces intrus. On racontait qu'ils faisaient venir chez eux, à minuit, les

femmes dévouées à leur ordre. (^) L'appui des papes seul put les défendre contre la mauvaise volonté manifestée à leur égard par le clergé espagnol.

Cependant la nation se montra plus favorable aux jésuites que le clergé. Leur société était en effet trop intimement liée à l'Espagne pour en rester longtemps exclue. Le génie espagnol s'incarnait dans la compagnie des Loyolites. Son fondateur était Espagnol, ses membres les plus importants et les mieux doues appartenaient au même peuple. Mille liens rattachaient ainsi l'ordre à l'Espagne, mille sympathies existaient entre lui et ce pays. 11 dut son premier et son plus éclatant succès sur le sol de la péninsule à un des aristocrates les plus considérés et les plus puissants, à François Borgia, duc de (landie, vice-roi de Catalogne. Ce grand seigneur fut le véritable fondateur de la branche espagnole de l'ordre de Jésus. En 1548, il en devint membre lui-même; Tannée suivante, il lui confia l'Université qu'il avait fondée pour son i)ropre compte dans sa ville de Gandie. Son énorme influence politique et morale fut employée en faveur des jésuites. Du reste, le bas peuple, animé des mêmes sentiments qui prévalaient dans leur société, se déclarait presque partout pour eux. A Valence, aucune église ne pouvait contenir la foule qui se réunissait autour du prédicateur qu'ils y avaient envoyé! Dans la ville universitaire d'Alcalà, un jésuite sans relations et sans instruction littéraire, François Villanueva, ravit tout le monde par le feu de ses sermons. Enfin, en 1548, ils construisaient un collège à Salamanque, au sein de la plus célèbre Université de

(') Imago J^rimi satculi^ 1. p. 739.

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