LES JÉSUITES EN BAVIÈHE
sàt l'idée d une réconciliation avec les protestants. Eh bien, lui dit Canisius, pour prouver aux yeux du monde entier votre fidélité au catholicisme, quel meilleur moyen trouveriez - vous que de vous montrer favorable à la compagnie de Jésus, chérie et estimée par tous les vrais croyants ? Le duc se laissa convaincre, et dans la même année, en décembre 1555, il fonda à Ingolstadt un collège des jésuites et leur assura une rente de 80() florins d'or et une certaine quantité de prestations en nature. Ce n'était certes pas par hasard que cette première colonie de jésuites en Bavière était établie juste dans la ville universitaire. Peu de temps après, Canisius, qui avait le don du multiplier, s était tellement concilié les bonnes grâces du prince, bien intentionné mais faible, qu il érigea, à Munich même, un second collège dont le propre frère de Canisius, Théodore, devint le recteur.
Canisius fut bientôt récompensé de tous ses cftorts et de tous ses succès pour le bien de Tordre. 11 fut nommé par le général premier provincial d'une nouvelle province de la compagnie, celle de la Germanie supérieure, qui embrassait, avec les Etats allemands et hongrois des Habsbour^r, la Bavière, la Souabe et la Suisse.
Lovola, tout en travaillant à introduire ses fidèles dans les ])rircipaux pays d Europe, n'avait pas oublié non plus cette terre, vers laquelle ses premières intentions religieuses s'étaient dirigées : la Palestine. En 1554, il obtint du pape Jules III l'autorisation de fonder trois collèges en Terre-Sainte. II fit de nombreuses démarches pour réaliser ce projet, et s'adressa même dans ce dessein au roi Philippe II. Mais il mourut avant d'être arrivé à ses fins.
L'œil de Loyola suivait partout, dans les pays les plus
lointains, ses disciples et ses subordonnés. C'est un fait étonnant que de voir cet homme, d'abord obscur soldat, puis ascète et prédicateur, diriger tout d un coup des centaines de membres de son ordre dans les provinces les plus diftercntes, embrasser de son regard le monde chrétien entier, les intérêts des princes et des [)euples, la politique et fétat religieux, et frayer d égal à égal avec des monarques ]:)uissants. Sous sa direction Tordre avait progressé constamment d un pas aussi sur ([ue rapide, marcliant toujours en avant, jamais en arrière.
Les instructions (ju'il donna aux pères sur la manière dont ils avaient à traiter les affaires et surtout les princes et les personnages influents ('), sont dç véritables trésors de psychologie pratic[ue, montrant des cjualités de di[)lomate extraordinaires chez cet homme qui se disait étranger à toutes les considérations humaines.
Quel modèle d une politique fine et prudente ([ue son procédé dans 1 affaire du chapeau de cardinal ofi'ert par 1 empereur à François de Borgia. le membre le plus noble et le plus important de la compagnie ! Ignace ne voulait aigrir ni 1 empereur (ju il savait déjà suffisamment défavorable à ses projets, ni ]^^*ançois de Borgia, au(]uel Tordre devait son existence même en Espagne: cTun autre coté il désirait maintenir la loi qui défendait aux jésuites d'accepter de hautes dignités ecclésiastiques. 11 ne repoussa donc pas de ])rime abord ToftVe de l'empereur, mais il lui fit prévoir le refus de TVançois de Borgia. A ce dernier il laissa le libre choix d accepter ou de refuser, mais en lui exprimant clairement que lui, Loyola, souhaitait
(*) Gexelli (trad. franc.) t. I, \k 360 ss.