ADMINISTRATION DE LOYOLA
cette dernière éventualité. Tous ces artifices entourés des plus belles phrases de piété et de dévotion. (^) Naturellement saint François s'excusa envers Tempereur, mais personne ne |)ouvait en vouloir à Loyola. Est-ce ([u un homme naïf, mû exclusivement par le zèle religieux et l'amour de Dieu, eût agi avec tant de précautions, de sous-entendus et de combinaisons industrieuses }
Plusieurs des membres de la société voulaient étendre l'exclusion des hautes fonctions ecclésiastiques jusqu à la place de confesseur des princes. Mais ici Ignace s opposa pour assurer à la compagnie ce grand moyen d influence sur les puissants de ce monde. Il força, au contraire, le père (jonzalez d accepter les fonctions de confesseur du roi de Portugal. Dans une lettre adressée au provincial des jésuites dans ce dernier pays (l*"*^ février 1553), il dit sans détour, que les membres de l'ordre avaient autre chose à faire que de considérer exclusivement la sécurité de leur propre conscience ; qu'ils devaient se faire tout à tous et braver les dangers moraux et les reproches du monde ^ pour le bien général et la gloire de Dieu. „ 0
En effet, les relations entre Tordre, d un coté et les puissances temporelles et le souverain pontife, de l'autre, devinrent de plus en plus intimes. Déjà on sollicitait son intervention pour obtenir une faveur quelconque de la part du saint-père.
Nous voyons Ignace donner à la compagnie de Jésus cette destination, à laquelle elle est toujours restée fidèle :
O Lettres de Polanco et de Loyola h François de Boigia, 1*' juin 15Ô2; Menchaca I, 15-16.
(') Lettre au père Miron, ibid. HI, 27.
de représenter ouvertement et de favoriser de toutes ses
forces les tendances orthodoxes, intolérantes et exclusives
dans 1 Eglise. Déjà en 1543, il adressait au pape une
pétition demandant de remettre en vigueur un canon du
concile du Latran de 1215, qui défendait aux médecins de
visiter les malades, en cas de maladie grave, avant que
ceux-ci ne se fussent confessés. La résistance des médecins
fit encore, pour cette fois, échouer ses efforts, mais on voit
clairement, quelle était la direction que l'ordre prenait dès
son origine. Et il réussit dans une affaire plus importante,
celle de l'Intérim, que nous avons déjà mentionnée plus
haut.
Victorieuse au dehors, 1 administration de Loyola était
sévère et logique à 1 intérieur. Il défendit à ses subor-
donnés la lecture des écrits séduisants d Erasme, dont l'indifférence religieuse revêtue d'une forme aimable et spirituelle aurait pu affaiblir le zèle borné et fanatique de ses disciples. Et il ne connaissait ni ménagements ni considérations personnelles, dès que son autorité et avec elle la stricte discipline de l'ordre était en jeu.
Nul, après le général, ne jouissait d'une plus grande autorité que Lainez ; nul n'avait pénétré plus loin dans l'esprit de la nouvelle fondation ; nul n'avait pris une part aussi active à la première législation de la compagnie. 11 avait été élevé au poste de provincial d'Italie. Fort de la position exceptionnelle qu'il avait obtenue parmi tous ses compagnons, il osa se mettre en opposition . avec le général même. 11 se plaignit de ce qu Ignace appelAt à Rome les jésuites les plus distingués, en prétendant qu'il dégarnissait trop les collèges d'Italie de leurs bons professeurs. Quoique le général cherchât à