‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 48 sur 215 · LAINEZ · texte numérisé non relu

LAINEZ

le tranquiliscr sur ce point, Lainez continua sa résistance. Mais Lovola ne voulait souffrir aucune violation de cette obéissance aveugle dont il avait fait la base de sa société, même de la part d'un de ses plus anciens com[)agnons et du plus distingué de ses subordonnés. 11 écrivit à Lainez : ** Réfléchissez sur votre conduite. Annoncez-moi si vous reconnaissez avoir péché ; et en cas que vous vous jugiez coupable, faites-moi savoir quelle peine vous êtes prêt à subir pour votre défaillance. „

Lainez reconnut qu'il était allé trop loin et qu'il faljait se soumettre à 1 autorité du général. Il s empressa de rechercher les bonnes grâces de son supérieur par une soumission exagérée et servile. Il lui répondit de Florence :

" Mon Père. Quand la lettre de votre Révérence me fut rendue, je me mis à prier Dieu, et ayant fait ma prière avec beaucoup de pleurs, voilà le parti que je pris et que je maintiens encore, les larmes aux yeux. Je souhaite et je demande par les entrailles de Notre Seigneur Jésus-Christ, que votre Révérence, entre les mains de laquelle je me livre et je m'abandonne tout à ft\it, pour punir mes péchés et dompter mes passions désordonnées qui en sont la source, me retire du gouvernement, de la prédication et de l'étude, jusqu'à ne me laisser pour tout livre ([ue mon Bréviaire ; qu'elle me fasse venir à Rome en mendiant, et que là elle m'occupe jusqu'à la mort dans les plus bas emplois de la maison ; ou, si je n y suis point propre, qu'elle me commande de passer le reste de mes jours à enseigner les premiers éléments de la grammaire, n'ayant nul égard à moi et ne me regardant jamais qeu comme l'ordure du monde. „

C'était évidemment de la part de Lainez de la plus pure

hypocrisie. 11 savait très bien que lui, qui était déjà considéré comme le successeur futur de Loyola, ne serait jamais exposé aux humiliations qu'il lui demandait en a]:)parence. Par cette soumission abjecte, il ne voulait que conjurer la colère du général, qui aurait pu lui fermer cette carrière brillante qu'il voyait ouverte devant lui. Son but fut pleinement atteint. Loyola, pour toute peine, lui commanda de composer une somme de théologie ; et pour remédier à ses plaintes antérieures, il lui donna comme aides deux jésuites d une valeur particulière, les pères Viole et Martin Olave.

Enfin Lainez avait été humilié, comme autrefois Bobadilla. Le même sort échut, d'une manière plus cruelle encore, à Simon Rodriguez, également un des premiers fidèles de Loyola et fondateur de Tordre au Portugal. Nous savons même (|u il avait complètement soumis ce royaume à la domination de la compagnie de Jésus. Fier de ses succès, j)rovincial du Portugal depuis douze ans, disposant de 1 esprit du roi Jean 111 et de sa cour entière, Rodriguez se plaisait dans une position presque indépendante du général. Il introduisit chez lesjésuites qui lui étaient subordonnés, des coutumes et lois contraires à celles de Loyola, surtout un goût exagéré pour l'ascétisme, essentiellement opposé à 1 esprit de la compagnie, et résista à rétablissement des constitutions d'Ignace dans les maisons professes et les collèges de Tordre en Portugal. Le général se prépara adroitement à la lutte qui était devenue inévitable. 11 envoya des membres influents de sa compagnie auprès du roi pour Tempècher de prendre le parti de Rodriguez, et il y réussit en eft'ct, probablement avec l'aide du pape. Lorsqu il fut sûr du monarque, il intima à Rodriguez Tordre

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