HUMILIATION DE RODRIGUEZ
de céder la place de provincial du Portugal au père Miron (1552). Rodriguez, se voyant abandonné par la cour, obtempéra à cet ordre. Mais bientôt il changea de conduite, refusa de quitter le Portugal, comme Loyola le lui avait commandé, et se retira au collège des jésuites à Coïmbre, qu il mit en rébellion ouverte contre le général. Là il fit un essai désespéré de s assurer 1 appui de la cour royale, en cherchant à jeter le discrédit sur la personne et les institutions de Loyola. La résistance de Rodriguez prenait donc un véritable caractère de révolte. Mais le monarque resta fidèle à son ami Loyola, protégé par Sa Sainteté, — et Rodriguez, en butte aux hostilités de son général, de son roi et du pape, dut se soumettre définitivement. 11 fut rélégué à San Féliz, petite localité du Portugal, où il fut condamné à s occuper exclusivement de son propre salut, sans charge ni obligation aucune de la part de Tordre — la pire punition sans doute pour un homme aussi ambitieux et aussi actif que lui. Plus tard, il fut rappelé à Rome et placé sous b surveillance directe du général (*).
L humiliation d un membre si influent fut sans doute pour Loyola un grand triomphe. Mais il ne s'endormit pas sur son succès ; cet événement, au contraire, devint pour lui l'occasion de déployer envers ses subordonnés la plus grande rigueur. Il adressa aux supérieurs de la compagnie une lettre-circulaire leur ordonnant de renvoyer sans retard tous ceux qui se montreraient récalcitrants. 11 écrivit spécialement au père Miron, nouveau provincial du Portugal : " S il y en a parmi les vôtres qui refusent d obéir, non seulement à vous, mais à tout autre des supé-
(') D'après la correspondance de Loyola, dansGKNELLi (éd. aUem.)p. 283».
rieurs ou recteurs locaux qui se trouvent en ce pays, je vous ordonne, en vertu de la sainte obéissance, et vous me répondrez de l'exécution de cet ordre, — je vous commande donc de les chasser de la société, ou de les envoyer à Rome. ^ Il approuva hautement le père Kessel qui, à Cologne, avait excju de Tordre, à différentes reprises, neuf ou dix personnes à la fois. Pour éviter qu'un fait semblable à celui de Rodriguez ne se produisît dans une autre partie du monde, il rappela François Xavier de ses conquêtes spirituelles en Asie ; seulement lorsque la lettre de rappel y arriva, le saint homme était déjà mort, Loyola était autocrate, tyrannique même, comme tout homme de qualités créatrices et d'une grande énergie. Il a su inculquer pour toujours à sa société le principe de l'autorité et de la subordination absolue.
Cependant, Loyola croyait nécessaire de donner luimême, tout omnipotent qu'il était, l'exemple de 1 humilité. Chaque jour il trouvait le temps de se rendre à la cuisine et d'y travailler aux occupations les plus mpdestes de la communauté. Mieux encore : en 1550, il convoqua les plus importants des pères pour déposer entre leurs mains le fardeau du généralat ; il va sans dire qu'on ne lui permit pas de réaliser ce dessein (*). Est-ce que nous nous avant cerions trop en prétendant que ces mesures n'étaient destinées qu'à donner un exemple éclatant de modestie et de soumission, à rendre plus tolérable et en même temps plus obligatoire le règne absolu du général ? Nous verrons tout
(*) RiBADENEiRA. AA. SS. Jul. t. VII, p. 710. 745 s. — Rihadeneira fit partie de la société dés son institution définitive en 1540. — Voir en outre îâ correspondance de Loyola dans Gkxelm (éd. allem,) p. 272-275.