PAUL IV ET LES JÉSUITES
à l'heure, à quoi nous en tenir sur les véritables intentions de Loyola quant à l'exercice de son pouvoir.
Avec sa famille Loyola avait cru devoir rompre à tout jamais. Depuis 1540, il ne lui écrivit pas même une lettre, et tous les appels qui lui venaient des siens le trouvèrent sourd (*). Il ne vivait plus que pour son ordre et dans son ordre ; — aucun autre lien, ni celui de la nature, ni celui de la reconnaissance, n avait plus de valeur pour lui.
En effet, la compagnie de Jésus était devenue si puissante sous sa direction qu'elle osa même s émanciper du pouvoir papal.
Le 23 mai 1555 monta sur le trône de saint Pierre le cardinal Caraffa, sous le nom de Paul IV. C était ce fondateur de Tordre des théatins qui, dix-sept ans auparavant, de protecteur de Loyola, était devenu son adversaire, et avait vu avec aigreur les progrès rapides et extraordinaires de la compagnie des jésuites, rivale de la sienne. Il avait encore d'autres raisons pour leur être défavorable. Il aimait l'Inquisition et avec elle les inquisiteurs, les dominicains ; or, ceux-ci regardaient avec envie et antipathie les jésuites qui menaçaient de détruire leur position prépondérante dans l'Eglise. Jean-Pien'e Caraffa avait, en outre, détesté toujours les Espagnols auxquels, immédiatement après son avènement, il déclara la guerre ; or Ignace et presque tous les fondateurs de son ordre étaient Espagnols. Enfin, il y avait à Rome même une partie considérable de la population qui haïssait les jésuites et les avait toujours poursuivis d'attaques et même de calomnies. En vain Loyola, aussitôt l'élection de son ancien adversaire connue, se rendit-il au
(') Voir la lettre de Loyola au duc de Najara, du 26 août 1552; RniADENKIRA. p. 769 s.
palais papal pour faire preuve d'obéissance et de soumission. Paul IV en voulait toujours aux jésuites. 11 résolut de les contraindre au service régulier du Chœur, comme les ordres monastiques. Mais il dut céder à la fin devant la résistance opiniâtre de Loyola.
Le pape fut encore vaincu dans une autre affaire par cet ordre devenu tout puissant, quinze ans seulement après sa fondation !
Paul essaya de priver les jésuites de leur meilleur membre, de Lainez, en lui destinant la pourpre de cardinal. Comme Loyola et Lainez lui-même s'y opposaient, Paul IV voulut rendre d'abord celui-ci étranger aux intérêts de la compagnie ; il lui commanda de loger au Vatican et de s occuper de la réforme de la Daterie, c*est-à-dire du tribunal chargé de la collation des bénéfices ecclésiastiques et de la distribution des dispenses pour les mariages. Lainez se plongea d'abord avec son ardeur accoutumée dans ces affaires aussi importantes que compliquées. Mais bientôt, reconnaissant qu il était sur le point de se séparer pour toujours de sa compagnie, il s'enfuit du Vatican et revint à la maison professe. Le croirait-on ? L'ordre des jésuites était déjà si influent, que même une nature despotique» et passionnée comme celle de Paul IV n'osa point user de son autorité pour plier le rebelle à sa volonté !
L'antipathie de Paul IV n'avait donc rien qui pût inquiéter Ignace pendant les dernières années de sa vie. Les véritables désagréments lui venaient du sein de son ordre même. Lui qui autrefois avait fait semblant de vouloir se dépouiller de sa haute et brillante position, fut fortement indigné, lorsque ses Assistants, voyant que ses