MORT DE LOYOLA
forces baissaient à vue d'œil, voulurent lui donner un vicaire, dans l'automne de 1554. Cependant ses conseillers lui firent une douce violence, et à la fin il dut permettre aux profcs présents à Rome de lui élire, \e V^ novembre 1554, un vicaire en la personne du père Jérôme Nadal. Mais un an après, Loyola, parfaitement guéri de ses faiblesses physiques, se débarrassa de son aide gênant en l'envoyant en Espagne. Ce ne fut que peu de temps avant sa mort que, sentant sa fin s'approcher, il abandonna le gouvernement de sa compagnie aux trois pères Jean Polanco, Christophe Madrid et Jérôme Nadal .
Déchargé alors du soin des affaires séculières, ce cerveau toujours actif s'occupa au moins d'institutions religieuses. Il établit pour son ordre les prières des quarante heures, que 1 Eglise adopta bientôt et qu'elle célèbre encore pendant les trois derniers jours du carnaval. Il dicta pareillement des sentences sur sa vertu favorite, l'obéissance. Ainsi il mourut, âgé de soixante-cinq ans et complètement épuisé dans ses forces vitales, le 30 juillet 1556. Comme autrefois le capitaine sur la brèche de Pampelune, le général d ordre avait rempli son devoir jusqu'au dernier moment, avec autant de bravoure que de fermeté.
Il avait pu se dire, sur son lit de mort, que son œuvre avait pleinement réussi, au-delà même de toutes ses espérances. Aucun fondateur d'ordre religieux n'avait vu, de son vivant, une prospérité pareille. Ses disciples étaient répandus et en activité incessante dans les quatre parties du monde. Sa compagnie comptait déjà mille membres, parmi lesquels, il est vrai, il n'y avait que 35 profès ou mernbres effectifs, dans cent maisons organisées en 1 3 pro-
vinces (*). Cependant s'il avait cru pouvoir opérer surtout sur les hérétiques, il s'était trompé. La compagnie de Jésus florissait principalement dans les pays méridionaux, dont Torthodoxie avait été peu entamée : en Espagne, en Portugal et en Italie, dans cette partie du monde latin restée presqu'entièrement fidèle au catholicisme. L'ordre avait eu son point de départ sur la péninsule ibérique, et c'était là qu'il possédait sa base la plus solide : il ne comptait pas moins de sept provinces espagnoles et portugaises. La première de ces provinces était la Castillc avec dix collèges ; puis venaient 1 Aragon et 1 Andalousie, avec cinq collèges chacune. La quatrième province coiTiprenait le Portugal avec force collèges, maisons de profès, maisons de novices. Le Brésil, Portugal d'Amérique, contenait 32 membres de l'ordre, les Indes orientales avec la Chine et le Japon en avaient une centaine. Les pères envoyés dans l'Inde avaient même fait l'essai de fonder une colonie dans l'Ethiopie, où l'on avait également expédié un provincial particulier avec quelques subordonnés. Toutes ces provinces ibériques étaient soumises à Don François de Borgia, en qualité de commissaire du général ; Ignace avait voulu assurer aux jésuites d'Espagne, négligés et même mal vus par l'empereur, l'appui précieux d'un membre de la plus grande noblesse espagnole. — En Italie, se trouvait le centre de l'ordre : Rome, avec les collèges romain et germanique, et sa province comprenant toute l'Italie centrale et méridionale et administrée toujours directement par le général même. La province de Sicile avait été fondée par le vice-roi Jean de la Vega, qui autrefois avait
(*) Sacchino, lib. I, cap. 2 ss. p. 1