‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 55 sur 215 · LA CHASTETÉ. — LA PAUVRETK · texte numérisé non relu

LA CHASTETÉ. — LA PAUVRETK

bres de la société sont obligés d'administrer gratuitement les fonctions ecclésiastiques. Ni les profcs et les coadjuteurs ni leurs maisons ne sont capables d'hériter; ces prêtres ne peuvent pas même recevoir des subsides pour les voyages qu'ils ont à entreprendre.

Ceci paraît extrêmement sévère, surtout pour les profès et les coadjuteurs formés, c'est-à-dire les véritables membres de la compagnie. Mais les déclarations, sous prétexte d'expli(|uer ces préceptes, les mitigent tellement que peu de chose en reste debout. Les maisons et églises de profcs ne peuvent pas avoir de revenus : très bien ; mais, si quelqu'un leur en fait cadeau, il peut le faire et ils ont la permission de l'accepter à la condition que la société n'en ait pas elle-même l'administration ! Voilà un subterfuge des plus subtils ! Les profès ne peuvent vivre que dans leurs maisons où ils sont entretenus exclusivement d'aumônes : très bien, mais si on les charge d'une commission quelconque, on peut les envoyer dans les collèges ordinaires qui ont des fonds et des revenus assurés. Res minimœ ducuntur pro nihiloy les choses infimes sont regardées comme non existantes : donc, les collèges peuvent venir en aide aux maisons de profès par de petits subsides de toute nature. Tous les collèges, maisons de novices, instituts d'éducation, etc. des jésuites, de même que les nombreux membres, qui n'étaient pas profès ou coadjuteurs formés, étaient exempts de l'obligation de pauvreté. Au contraire, les collèges peuvent accepter librement toutes donations et tous legs, pour eux et pour ceux qui y demeurent (Instit. I, 277). De cette manière Tordre de Jésus, malgré son vœu de pauvreté, pouvait librement s'enrichir. Partout nous rencontrons cette tendance par-

ticulicre aux jésuites de détruire par les exceptions les règles les plus sévères en apparence, lorsqu'il y va de leur intérêt : trait caractéristique de leur morale. Les bulles papales avaient ordonné à la compagnie de vendre immédiatement les immeubles qu'on lui donnerait et qui ne seraient pas indispensables pour la loger; car elle ne devait pas être propriétaire foncière. Très bien, disent encore les déclarations, mais il ne faut pas trop se hâter de vendre, pour ne pas perdre les occasions avantageuses. Et puis, la société peut toujours accepter les donations en argent, en livres, vêtements ou denrées alimentaires. Les constitutions prescrivent aux jésuites d'administrer tout à fait gratuitement les fonctions ecclésiastiques : très bien, remarquent les déclarations, mais si quelqu'un veut de son propre mouvement nous récompenser, par des aumônes, des services spirituels que nous lui avons rendus, nous ne pouvons nous refuser à cette reconnaissance. Les constitutions défendent expressément à tout membre de la société d'aller à cheval, à mule ou à ftne ; les déclarations, au contraire, le permettent, si la santé ou les besoins du service de la compagnie le conseillent ! Et ainsi pour tout. Toujours des exceptions tellement vagues et générales qu'elles finissent par dissoudre et réduire à rien les règles les plus strictes et austères en apparence.

Enfin, un article des constitutions mêmes détruit complètement le devoir de pauvreté imposé du moins aux membres profès et aux coadjuteurs. C'est lui qui permet (IX, 3, 6, 7) au général d'accepter des donations, faites non pas à un certain collège, mais à l'ordre tout entier; de disposer d'elles ou de leurs revenus comme il le voudra, ou de conférer aux pères provin-

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