‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 58 sur 215 · LES NOVICES · texte numérisé non relu

LES NOVICES

Avant d'être admis comme novice, le jeune homme est soumis à un examen destiné à dévoiler au supérieur son caractère et ses véritables tendances. Cette épreuve subie, il lui faut parcourir un stage de deux ans, sous la direction d'un maître, dans une maison ou du moins une partie de maison particulièrement réservée aux novices. Il y a trois sortes de novices : ceux qui veulent devenir des membres religieux, ceux qui n'aspirent qu'à être membres séculiers, et enfin les indifférents qui s'en remettent, pour entrer parmi les uns ou parmi les autres, à la volonté des supérieurs, lesquels du reste ont dans tous les cas le droit de changer, d'après leur propre jugement, la destination de tous les novices.

Les novices (^) sont sévèrement séparés de toutes les personnes qui pourraient leur rappeler le siècle ; ils ne peuvent vivre ni sortir qu'avec les collègues que le supérieur leur impose. Ils ne doivent parler à leur parents mêmes que rarement et sous la surveillance du supérieur : toutes les lettres qu'ils écrivent ou qu'ils reçoivent, sont lues par lui. Ils doivent parler de leurs parents comme s'ils étaient déjà défunts. On leur conseille en général d'interrompre toute communication, même par écrit, avec leur famille, " parce qu'elle ne sert qu'à troubler la tranquillité intérieure de ceux qui s'occupent de choses spirituelles Q.„ On voulait s'assurer de la proie dont on s'était une fois emparé, et détacher l'aspirant jésuite de toute autre considération que celle de l'intérêt et de la volonté de la compagnie.

(») Consiit. ///, i; t. I p. 370 ss.

(■) Exam. gmer. 4, 6 et Declar, ibid. C.

Chaque action des novices est sévèrement réglée ; ils sont obligés de tenir le supérieur au courant de tous les événements intérieurs de leur esprit et de leur cœur, et de se soumettre à toutes les pénitences qu'il leur imposera. Les novices doivent exécuter les services les plus humbles et les plus répugnants de la maison, sans murmure, avec une abnégation parfaite. Leur instruction, pendant toute la durée du noviciat, est dirigée plutôt vers cette abnégation, vers les vertus chrétiennes, vers la piété que vers les sciences qui, au contraire, ne sont pas ordinairement enseignées dans les maisons de noviciat. La chose la plus importante est de les initier, pendant un mois ou plus encore, aux Exercices spirituels de Loyola. Q) Entre eux ils ne parleront que des choses les plus nécessaires. Le supérieur doit provoquer les occasions de les exercer aux vertus d'obéissance et de pauvreté, de les soumettre même à des tentations pour qu'ils prouvent les progrès qu'ils y ont faits. On leur compte comme un mérite, si avant le terme de deux ans ils ont fait déjà le vœu, non solennel encore et comme obligation purement personnelle, d'entrer dans la société: on donnera à cet acte plus d'autorité par un procès-verbal en double, dont ils conserveront une copie, tandis que l'autre sera remise au supérieur. (^) Les novices ont leur part des grâces accordées à l'ordre, mais ils ne peuvent pas encore s'en appeler membres. Ils peuvent être facilement renvoyés et exclus de la société, surtout ceux qui n'ont pas encore fait de vœux.

(') Exani. gêner. 4, 10.

(») Comtit. V, 3, 6.

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