LE PROVINCIAL ET LES CONGRÉGATIONS
de celui-ci. Le général avait également le droit d'augmenter ou de diminuer leur pouvoir, qui cependant devait toujours rester très large, car ils représentaient le général dans chaque district. Ils avaient à visiter toutes les maisons de Tordre dans leur province, à envoyer au général sur leur état et leur situation des rapports circonstanciés , à surveiller surtout les recteurs et renseignement donné aux scolastiques. Il va sans dire que chacun d'eux s'occupait aussi activement de la direction des affaires politiques de sa province et correspondait sur elles avec le général. Ils convoquaient les congrégations provinciales et les présidaient avec le privilège de deux voix.
La congrégation provinciale se compose des profè^s des quatre vœux, des recteurs et des procurateurs de la province. Elle choisit les personnes qui, tous les trois ans, sont envoyées par chacune des provinces auprès du général, pour le renseigner pleinement sur les événements principaux et Tétat de la province, et le mettre ainsi à même de contrôler et de mieux connaître le provincial et ses fonctionnaires principaux. Elle désigne pareillement les délégués à la congrégation générale aussi souvent que celle-ci est convoquée. Mais en dehors de ces élections, le rôle de la congrégation provinciale est fort insignifiant et effacé.
Le plus haut des fonctionnaires enfin, le général, est nommé par la congrégation générale, composée du provincial et de deux membres de chaque province, qui sont élus, comme nous venons de le dire, par les congrégations provinciales. Le général est choisi à vie, parmi les pro-
fès des quatre vœux. Nous avons déjà parlé à diffé-
rentes reprises de son pouvoir presque illimité ; mais il nous reste à compléter ce tableau. II est le maître suprême de tous les membres de Tordre et du sort et des travaux de Tordre entier. Toutes les restrictions que les constitutions semblent lui imposer, sont des barrières imaginaires ; car, dans Timmense majorité des cas, il peut agir contrairement aux constitutions, si cela lui semble bon. Il est la source de tous les pouvoirs, de tout avancement, le suprême arbitre des admissions et des démissions, et Tadministrateur de la fortune de Tordre. Il peut envoyer les profès en mission, et les en rappeler, même s'ils ont été envoyés directement par Sa Sainteté (^). II possède la liste de toutes les maisons professes et de tous les collèges de Tordre, de tous les membres et même des novices ; et les nombreux rapports qui, de tous les côtés, affluent chez lui, lui permettent de caractériser chacun de ces innombrables noms, d'y palper une individualité vivante et de pouvoir juger le dernier aussi bien que le premier de ses subordonnés. Les fonctionnaires de Tordre, surtout les plus importants, et les pères profès doivent lui être connus dans les plis les plus profonds et les plus cachés de leur conscience. On veut qu'il soit à même de mettre partout à sa juste place Thomme qui convient, de faire avancer ceux qui sont utiles à la société, et éloigner ceux qui lui sont à charge. Il a le droit de soustraire autant de membres qu'il veut à leurs supérieurs immédiats pour s'en servir directement. D'un seul mot, il peut briser celui qui, après lui, est le plus influent dans la compagnie. Il doit exercer un contrôle continuel sur les
(«) ConiHi, VIT, 2 H; IX. 4 G.