LES JÉSUITES ET L'KNSEIQNEMENT
d*entre eux pouvait s'écrier fièrement: ** Je m'appelle légion ! „
Un des côtés les plus caractéristiques de l'activité des jésuites était renseignement. L'enseignement avait été jusqu'alors entre les mains des humanistes, dont la doctrine avait pris une tendance de plus en plus hostile à l'Eglise. Les Réformateurs du XVI* siècle avaient reconnu toute l'importance de l'école pour la formation des générations nouvelles, et ils l'avaient organisée partout avec un zèle fertile en résultats. L'école était devertue une de leurs armes les plus tranchantes contre le catholicisme. Les fondateurs de l'ordre des jésuites se rendirent parfaitement compte de cet état de choses ; et après l'avoir reconnu avec leur perspicacité ordinaire, ils employèrent immédiatement toute leur énergie pour y porter remède. Cependant ils ne cherchaient point à organiser l'enseignement /^j^^laire. Dans leur opinion, le peuple, comme tel, ne devait pas être instruit, mais suivre aveuglement l'impulsion qui lui était donnée en première ligne par le clergé, en seconde parles classes dirigeantes de la société laïque. C'est sur ces dernières que se portaient tous leurs efforts. Ils s'emparèrent des esprits dans la noblesse et la haute bourgeoisie, qui devaient les servir et réaliser au besoin leurs idées et leurs intentions dans la vie politique et intellectuelle. De plus, la compagnie apprenait ainsi quelles étaient les personnes qui, plus tard, pourraient lui être particulièrement attachées et sur lesquelles elle pourrait compter d'une manière spéciale. Pour atteindre ce but, elle travaillait avec la plus grande habileté. D'abord, elle cherchait à former non seulement l'esprit, mais aussi les manières de leurs élèves, afin d'en faire de véritables
hommes du monde : chose d'autant plus précieuse que la plupart des autres professeurs étaient alors des pédants auxquels la haute société n'aimait pas à confier ses enfants. La santé des jeunes gens était soignée avec beaucoup d'attention ; les études ne se prolongeaient jamais trop ; elles étaient coupées d'heures de récréation et ne devaient pas empiéter sur le sommeil si indispensable à la jeunesse. (*)
Ignace a fixé lui-même dans quelques écrits de circonstance ses idées sur l'enseignement. (^) On ne saurait dire qu'elles se distinguassent par la nouveauté des conceptions, sauf l'établissement de la gratuité complète qui, il est vrai, contribua puissamment au succès des écoles des jésuites. Mais dans l'enseignement proprement dit, Loyola suit la routine de son époque. Comme objets de l'enseignement, il désigne surtout les langues anciennes : le latin, le grec, l'hébreu ; puis la logique, la philosophie et la théologie, si le nombre d'élèves suffisamment prc[)arés permet de s'attaquer à ces sciences. Il ordonne l'observation d'une stricte et sévère discipline et l'exclusion de tout élève récalcitrant. Pour appliquer les punitions corporelles, on devait engager un correcteur spécial qui n'appartînt pas personnellement à l'ordre. Il recommande enfin pour les élèves un grand développement de la piété extérieure : la messe tous les jours, la prêche les dimanches et jours de fêtes, la confession tous les mois. La compagnie a toujours suivi ces doctrines du maître. La seule idée originale dans le plan des études est peut-être celle-ci : que Loyola prescrit à ses professeurs de ne pas se borner à faire leurs leçons, mais
(») ConsHt. IV. 4. 1.
(*) Genelli (trad. franc) II, p. 203 ss.